10.03.2007

Draguer ( et conclure ) au Monoprix-Part One

Hier Thibaut m'a dit : "Mais pourquoi tu mets pas sur ton blog le mail sur la drague au Monoprix ?", ce à quoi je lui ai répondu que non c'était pas possible j'ai un minimum d'honneteté intellectuelle mais finalement j'ai découvert que l'honneteté intellectuelle ne pèse pas lourd face à une gueule de bois ( encore une ! ). Donc mes plus plates excuses à ceux qui connaissent déjà et à ceux qui vont trouver ça trop long ( j'ai coupé en deux ).

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Mettons nous en situation. Tu as l'oeil vif, toutes tes dents et tes cheveux, ni varices ni gaine de maintien, tu es beau / belle, plein(e) de sève comme un poney fougueux dans un paturage verdoyant, enfin bref je ne vais pas te faire un dessin tu es JEUNE. Et dans notre société post-soixante huitarde, être jeune suffi à faire de toi quelqu'un de hype ( oui parce qu'être vieux c'est nul et ça pue, et puis le vieux il sert à rien il sait même pas ce que c'est que l'ADSL et croit qu'une rave c'est une variété de céleri...)
Donc tu es jeune donc hype. En plus tu as la chance d'habiter dans une ville de jeunes, donc forcément hype, au hasard Aix-en-Provence. Comme tu es hype, tu fais tes courses avec classe mais comme tu es jeune t'oublies tout le temps de les faire et tu te retrouves à gratter avec tes petits ongles de jeune les vieux bouts de parmesan au fond de ton frigo pour accompagner un reste de conserve ( pas de chance c'était du thon...c'est pas bon et en plus tu pues de la bouche ).

Il faut savoir qu'à Aix-en-Provence, il y a trois endroits où faire ses courses. Soit tu es riche et tu vas à Monoprix. Soit tu es pauvre ou inconscient et tu vas chez Ed. Soit tu as une voiture et tu vas à Carrefour. Bon, alors disons qu'en plus d'être hype, tu es riche. Tu vas à Monop'. De toute façon même si t'es pauvre, il faut aller chez Monop' puisque le véritable but ici n'est pas de faire des courses mais de faire des rencontres. Si tu vas chez Ed, tu va avoir le choix entre un alcoolique-sale-et-pauvre qui achète un litre de rouge pour diluer son ricard, ou une ménagère-de-plus-de-cinquante-ans-pauvre-et-pas-épilée qui vient choper la promo sur le cassoulet de potée auvergnate au petit salé. Or il faut sélectionner, et pour rencontrer des gens socialement endogènes, il faut se rendre dans les endroits qu'ils fréquentent.

Donc bon le jeune ça fait trois heures que j'essaie de te mettre en situation et oui je sais y a "Plus belle la vie" qui va commencer donc ok je me dépèche et voilà tu es devant Monop', toujours fringant comme un poney sauvage et prêt à sacrifier la promo du jour ( celle avec des S'Miles ) sur l'autel de la drague.

Tout d'abord l'entrée. Il faut soigner l'entrée car c'est là que tu fais ta première impression et -surtout- que tu fais les premiers repérages. Avances d'un air crâne, conquérant, en secouant ta crinière soyeuse ( mais pas trop...sinon tu vas avoir l'air de souffrir du syndrome de Tourette et tu pourrais en plus te démettre une vertèbre ce qui entraverait bêtement la suite de tes démarches ). Saisis désinvoltement un panier parce que rappelons-le tu es jeune donc fainéant mais hype donc tu n'as pas l'air de t'embarrasser de détails bassements matériels. Puis tu te décides enfin à faire les courses. L'individu normal, après une journée de boulot, va essayer d'aborder cette tâche de manière rationnelle, rayon par rayon, en faisant des comparaisons du prix au kilo. Mais PAS toi ! Gardes en tête ton objectif. Bon, le problème c'est que vu que tu es au Monop' et que ton frigo est vide, tu te dis :"Ben, pourquoi ne pas en profiter pour faire les courses ?". Et c'est là qu'on voit que même si t'es jeune, eh ben tu réfléchis. Donc tu déambules dans les rayons, tu saisis au hasard des chips de crevette au barbecue ou une choucroute de canard aux fèves tout en jetant des regards attentifs autour de toi.

Là il y a 2 cas : Soit tu es dans ce que l'on peut appeler une journée de merde. Tu ne t'es pas réveillé et t'as raté tes TD, ou tu t'es réveillé t'es allé en TD mais finalement t'aurais pas dû, tu as eu lancer de javelot en cours de sport, tu as mangé du thon au parmesan à midi, et il pleut. En plus, t'as oublié ton porte-monnaie et tu vas être humilié comme jamais quand tu vas arriver à la caisse, que tu ne pourras pas payer et que toute la queue va te huer puis te lapider à coup de mentos, ferrero rocher et Télé 7 Jours... Dans ce cas là, il y a des chances que tu ne repères personne mais tant pis pour toi, je ne peux rien y faire.

Soit c'est un bon jour et tu repères un specimen intéressant. Toi le jeune mâle, imagines cette superbe fille, fière et droite comme une amazone, qui jauge les tomates d'un air langoureux mais quelque peu timide quand tu regardes au fond de ses prunelles oui c'est ça juste là à gauche non pas trop à gauche là c'est son oreille... Son panier a l'air trop lourd à porter et instinctivement tu aimerais te précipiter vers elle pour la secourir mais non malheureux ! pas de précipitation. Toi la jeune femelle, imagines ce beau ténébreux au regard vif et velouté ( hum ! ), au sourire éclatant mais un peu timide qui cache sous une façade mâle et assurée sa fragilité de petit garçon ( ceci étant la synthèse de l'homme parfait selon les critères de la Française moyenne, réalisée par moi-même à l'aide de "Cosmo", "Elle", "Jeune et Jolie" et "Harlequin"...). Il soupèse virilement une entrecôte puis un filet de dinde avant de se rabattre sur une pizza 4 lardons. Tu aimerais te précipiter vers lui et lui dire que non non ne choisis pas la Buitoni, la garniture coule dans le four prends plutôt celle-là mais non malheureuse ! pas de précipitation.Comme le chasseur qui a dejà reperé sa proie, tu traques la personne convoitée dans les rayons. Un examen approfondi te permettra de vérifier l'absence de tares rédibitoires qu'un coup d'oeil superficiel n'aurait pu révéler. Ainsi il te faudra éliminer d'office toute personne en couple ( perdu d'avance ), qui boite ( trop pas hype ), qui louche ( oui au début tu croyais qu'il regardait intensément l'étiquette de la composition des glucides mais en fait non ) ou qui mange des All-Brans ( mauvais transit intestinal ).Mais surtout c'est maintenant le jeune, oui toi avec tes hormones qui bouillonnent dans ton petit corps post-pubère, c'est maintenant donc qu'il va falloir ETABLIR LE CONTACT. Car bon tu as reperé, mais ta victime potentielle elle n'a surement pas fait attention à toi, toute absorbée qu'elle est par la promotion sur les rouleaux de papier toilette ( là tu peux penser qu'en fait cette personne est très superficielle, pas du tout ouverte sur les gens qui l'entourent et sur ta misère sexuelle. Mais accroches toi ).

Draguer ( et conclure ) au Monoprix-Part Two

Là encore, 2 aproches possibles Soit tu es sur(e) de toi et de ta séduction innée, et puis tu as mis ton plus beau débardeur ( celui avec marqué "Oui je suis blonde et salope...et alors ?" ) ou tes nouveaux mocassins à gland ( ouahou ! trop hype le jeune ! ) et tu décides d'attaquer frontalement. Voici donc mes conseils : attends que la personne convoitée s'arrête dans un rayon, celui des fromages par exemple, très bon rayon puisque l'odeur des fromages dissimulera ta propre odeur surtout si tu as fait du lancer de javelot avant de venir ; en plus il fait froid donc un contact physique peut être plus rapide, et vous prouvez tous les deux que vous êtes hypes ( vous mangez des sources de calcium ) et jeunes ( 4000 kcal pour 5 grammes ? pfff m'en fiche j'suis jeune ! ).Bon tu vas forcément aller à l'essentiel, parce que le Monop' ferme bientôt et il faut concrétiser, donc fi de la subtilité, l'efficacité prime. Ainsi le jeune, conformes toi au plus basique des schémas qui a fait ses preuves : 1) Tu es une fille : tournes-toi vers lui avec un regard perdu, et demandes d'une voix étherée dans laquelle percent quelques sanglots : "excusez-moi, pourriez-vous m'attraper la tomme de savoie tout en haut s'il vous plait ? Oui celle de 6,5 kilos...". Là Je te félicite la jeune. Tu t'es faite passée pour une créature faible et sans défense. Tu as excité son instinct de protecteur. Et en plus il a pu faire démonstration de sa force physique. Bons points.

2) Tu es un garçon : tu t'approches discrétement ( enfin pas furtivement par derrière, tu n'es pas un pervers...) et tu lui demande d'un air mâle et viril : "excusez-moi mademoiselle, permettez-moi de vous attraper cette fourme d'ambert beaucoup trop haute pour vous." Très bien le jeune ! Tu as montré ta force physique. Eh oui, tu peux défendre la caverne et ramener du gibier, tu es donc pour son instinct primaire un père potentiel pour ses futurs enfants. Et avec le vernis de civilisation qui nous recouvre, tu deviens un peu son héros, qui va l'aider dans cette jungle urbaine pleine de pièges traîtres, de crottes de chien sur les trottoirs, de voitures qui éclaboussent, de chansons de Francis Lalanne et de fourmes trop hautes.
Mais il ne faut pas t'endormir sur tes acquis. Il s'agit de prolonger ce premier contact et de le faire fructifier par une conversation intelligente. Toi la jeune, tu peux entrer dans un rapport disciple-maître ( "Et alors le bleu d'Auvergne ça s'appelle le bleu à cause des taches là ? Mais c'est quoi ? de la pourriture ?...ah !" ). Toi le jeune tu peux faire un compliment tout en montrant ta culture ( "Vous saviez que les taches dans le bleu d'Auvergne c'est de la pourriture ? D'ailleurs vos yeux sont du même bleu intense..." ). Non, non cher lecteur, chère lectrice ! Ne me remercies pas de te dévoiler mes trucs et astuces, c'est tout naturel, au fond tu le mérites, tu as fait l'effort de me suivre jusque là.

D'ailleurs nous passons à la deuxième technique.
Tu n'oses pas attaquer l'élu(e) de ton coeur de façon aussi directe. Tu n'as pas tort. Le râteau sera moins violent et puis à force d'attraper des trucs trop hauts dans les rayons, tu risques de faire s'effondrer toute une pile de ravioli de surimi au vin blanc sur l'être aimé, ce qui serait la mort de tous tes espoirs, en plus de sa mort à lui/elle...Je te conseille alors la technique de la similitude des goûts. Facile. Tu suis la personne visée dans les rayons et tu prends dans ton panier les mêmes produits qu'elle. Puis tu veilles à choisir la même caisse qu'elle et tu te places juste derrière. Et tu engages la conversation lorsque vous déposez sur le tapis roulant vos produits qui ô miracle sont identiques. C'est dingue ces goûts en commun ! Vous êtes faits pour vivre ensemble vous... La discussion promet d'être riche. Pour atteindre son but, elle devra être articulée en 4 parties : fais une remarque sur vos goûts communs ( "Tiens vous aimez les lasagnes de fromage de tête ? moi aussi." ), puis étends subtilement le champ de la conversation ( "Avant je prenais également le flan aux endives, mais il est trop riche en sodium et ça me faisait gonfler" ), avant de lâcher quelques infos séduisantes sur toi mine de rien ( "Et ils vont bientôt sortir la tourte de calamars au brie...j'ai hâte d'essayer. Oui je sais je suis un peu foufou mais j'aime prendre des risques et je pense qu'il faut vivre sa vie à fond" ) et enfin lui proposer de découvrir de nouvelles choses, de préférence dans un domaine artistique ( "Et le dernier Cd de Kyo vous l'avez écouté ? Je peux vous le prêter si ça vous intéresse..." ). Bien sûr, il faudra lui poser des questions sur lui/elle car la conversation est censée être un dialogue. Prends un regard pénétré et pénétrant, surtout pour le passage de la tourte.
Là encore permets-moi de te mettre en garde. Il ne faut négliger aucun détail. Tout d'abord fais attention à ce que tu mets dans ton panier avant de repérer ta proie. Evites la préparation H pour hémorroïdes ou les serviettes hygiéniques extra-larges parce que l'approche sera beaucoup plus dure et moins fructueuse. Et vérifies également quand tu mets les même produits qu'elle dans ton panier, surtout toi le garçon ( "Bonjour. Tiens, vous aussi vous achetez ces délicieuses céréales à l'ail et aux fines herbes ? Hein ? Euh oui moi aussi j'achète cette crème dépilatoire...euh...tiens j'ai un appel...au revoir..." ). Evites enfin de faire dégénérer la conversation en vantant tous les produits que tu as acheté...tu n'es pas Pierre Bellemare dans le Télé-achat et d'ailleurs soi dit en passant il ne vaut mieux pas vu que Pierre Bellemare, il est trop pas hype...

Voilà le jeune, si tu as suivi mes conseils à la lettre, tu as fait connaissance. Tu peux alors proposer d'aller prendre un verre d'eau ou de se rejoindre tous les mardi à 19h30 devant Monop' pour faire les courses ensemble. Tu es un winner.
Sinon, tu viens de te prendre une veste en public. Tu t'es fait rire au nez et tu rentres chez toi comme un vieux chien galeux. Comme t'as pas fait les courses, vu que t'es con et que tu penses qu'à draguer, t'as rien à manger à part de la crème dépilatoire. Tu es un looser.
Tant pis, tu seras obligé de retourner à Monop' demain. Allez, courage, relèves la tête, tout espoir n'est pas perdu. Tu as jusqu'à demain pour réfléchir à ton échec et en tirer les conclusions qui s'imposent pour t'améliorer. Et puis tu es hype. Alors tu t'en fous. Ou presque.

Je décline toute responsabilité dans le cas où vous décideriez de suivre ces conseils. Par contre si vous le faites, ce serait intéressant de me tenir au courant car cette expérience n'est encore pour moi que théorique... 

12.02.2007

Un samedi au supermarché

Alors oui je sais je parle souvent de faire les courses à Monoprix mais pour ceux qui avaient lu mon mail, ce post n'est pas un vulgaire copier-coller, puisqu'ici le sujet n'est pas de draguer et conclure au Monoprix mais d'y faire ses courses un samedi après-midi quand t'as la migraine. Comme t'es jeune t'avais oublié de les faire dans la semaine et tu ne veux pas te retrouver tout le week-end à gratter avec tes petits ongles de jeune des vieux bouts de parmesan au fond de ton frigo.
Cette fois tu ne rentres pas dans le Monoprix tel un poney fougueux. Non, tu ressembles plutôt à une vieille marmotte pelée, avec le regard aussi vif qu'un dimanche après midi pluvieux dans la zone industrielle de Dunkerque.
Tu es épuisée d'avance, tu as mal à la tête et puis comme t'es pas douée tu vas faire tes courses le samedi après-midi au milieu d'environ un million d'autres personnes pas douées qui ont eu la même idée. Tu erres dans les rayons avec un air mi-lugubre mimolette, tu essaies de ne pas céder à l'appel mélancolique de la tablette de chocolat à l'orée du rayon confiserie et tu te rabats sur le rayon fruits et légumes en te disant que parfois la vie est une pute injuste. Tu prends un sac et commences à le remplir de céleri avant de te rendre compte que c'est con vu que tu n'aimes pas le céleri alors tu te conseilles de prendre plutôt des carottes et tu engages un débat avec toi-même sur les mérites respectifs du chou-fleur et des poireaux mais tu es tellement fatiguée que le débat ne s'engage pas ce qui vaut mieux vu que de toute façon tu ne comptais pas acheter de chou-fleur ni de poireau d'ailleurs.
Puis tu prends du jambon caoutchouteux et des yaourts nature, tu ne sais pas pourquoi, juste que tu es tellement déprimée que tu ne veux pas faire d'efforts et mettre des couleurs et des saveurs dans ta vie. C'est au moment où tu saisis un navet ( non mais un NAVET ?!??? tu te rends compte ou bien ? ) que tu décides d'aller aux caisses avant d'acheter un truc que tu vas regretter.
Y a la queue partout alors tu te mets dans celle du rayon produits d'entretien et nourriture pour animaux pour ne pas être tentée de dépenser de l'argent pour une connerie. Ton regard tombe sur une boite annonçant des aiguillettes de poulet pour ô miracle 1euro ! Dis donc c'est vachement moins cher encore que chez Ed à ce prix là tu vas en prendre plein. En plus c'est en format individuel et dans une chouette boite dorée trop tendance. Et c'est cro-meugnon, y a même la photo d'un chat. Ce n'est que quand tu découvres l'inscription Sheba que tu te rends compte que finalement tu t'es gouré. Tu laisses errer ton regard à nouveau mais tu réalises qu'après une dizaine de coups d'oeil songeurs vers les boites de nourriture pour chat que tu envisages sérieusement l'idée d'aiguillettes de poulet accompagnées d'une salade verte. Y a marqué que c'est plein de vitamines, et surtout ça coûte que UN euro. Puis tu te dis que tu deviens cinglée. Et qu'il est urgent de parler à tes parents de ton budget bouffe limité.
Tu n'en peux plus.. tu n'arrives plus à réfléchir correctement. Et il fait trop chaud. En plus la queue n'avance pas. Tu fermes les yeux et tu essaies de t'évanouir en te concentrant très fort. Tu vois déjà le bordel que tu mettrais dans le Monoprix surpeuplé et les caissières qui se précipiteraient suivies du responsable du magasin, et les pompiers qui arriveraient avec des chiens policiers ce qui entre nous serait con vu que tu n'es pas en possession de drogue mais seulement évanouie et tout le monde qui ferait cercle autour de toi et peut-être que quelqu'un essaierait de profiter de l'agitation pour voler une boite de thon à la catalane mais il se ferait plaquer au sol par un des vigiles et là la foule en délire applaudirait et ferait une farandole tout autour de ta civière.
Mais en fait non. Rien. Le seul truc qui vient rompre la monotonie de cette attente insoutenable c'est qu'en te concentrant t'as oublié que tu tenais tes courses et une boite de conserve choit sur ton pied ouais merci trop bien. Tu te retiens de lâcher un truc pour te soulager genre "bordel de merde de queue d'ours" et tu te contentes de serrer les yeux et lever les dents au ciel ou l'inverse et la fille devant toi dans la file se retourne. Elle est jeune, peut-être 2-3 ans de plus que toi, plutôt jolie ( d'après ce que tu peux voir à travers les larmes de douleur et de rage qui t'obscurcissent la vue ), une tête à trier ses emballages, à voter à gauche, à donner des cours de soutien à des petits orphelins africains atteints de myopathie et filer sa place aux femmes enceintes dans le bus, bref la fille parfaite et donc tu la détestes au premier coup d'oeil. Elle te demande d'une voix douce si tu as besoin d'aide. Tu te sens aussitôt comme une vieille sénile qui n'arrive pas à faire ses courses et qui va faire sous elle dans quelques instants et on peut dire sans hésitation que ce n'est pas une impression très agréable. Tu te retiens de la mordre jusqu'au sang en la traitant de "connasse tu m'as prise pour une handicapée ou quoi" et à la place tu lui fais un rictus de haine dissimulée en l'assurant que non c'est bon tout va bien merci.
Puis la queue n'avance toujours pas. Et soudain une caisse vide se profile et tu te jettes dessus ( évidemment la sainte-nitouche devant toi l'a repéré aussi mais elle parvient à prendre son air de sainte-nitouche plein de commisération désolée pour tous ceux qui n'ont pas changé de file assez vite, alors que tu abordes pour ta part un air conquérant et dément, l'oeil fou et la bave aux lèvres ). Finalement tu parviens rapidement devant la caissière, grâce à tous ces blaireaux qui n'avaient rien vu, et tu penses à l'intérieur de toi que même dans les pires moments, il ne faut jamais désespérer car il y a toujours des cons à piétiner pour t'aider. Puis tu te rends compte que tu ne vaux pas mieux toi-même à te féliciter d'être passée avant tout le monde et franchement tu es devenue un monstre ça doit être à cause de toutes les pressions de la société de consommation qui t'impose une rentabilité constante au prix du bonheur d'autrui et tu te mets à souffrir dans ce supermarché, seule au milieu de la multitude et tu te dis que ce qu'il faudrait ce serait d'aller te ressourcer dans un ashram en Inde mais la caissière t'annonce que tu dois payer **euros et tu tends ta carte comme un automate. Puis tu te demandes où va le monde vu qu'à ce prix-là la prochaine fois que tu voudras acheter une boite de céréales et des pâtes il faudra que tu vendes un de tes reins. Au moment de partir tu fais un effort et tu lances un "au revoir" accompagné d'un grand sourire à la caissière parce qu'au fond ce n'est pas de sa faute et puis elle doit avoir une vie un peu merdique à voir défiler toute la journée des gens qui font la gueule comme toi et pour un peu elle rentre chez elle le soir et son mari Roger l'oblige à regarder Patrick Sebastien et elle reporte toute son affection sur son teckel à poils longs vu qu'elle n'a pas eu d'enfants Roger lui dit qu'on a pas les moyens et puis c'est quoi ces conneries t'as fait à manger ou faut encore que je fasse tout moi même dans cette baraque. Donc tu lui fait un grand sourire et tu saisis tes sacs plastiques en te disant que le plus dur est passé. En te retournant, tu te prends Sainte-nitouche de plein fouet vu que cette abrutie s'était arrêtée juste à coté des caisses pour faire tu ne sais quoi. Tu fermes les yeux et tu te mets en mode Eve Angeli. Ton regard vide et dépourvu de velléités de meurtre éloigne l'autre idiote. Tu te féliciterais bien de ton self-control mais celui-ci est plus dû à ta lassitude qu'à une réelle détermination de ta part. Tu te dis que tu es bientôt arrivée chez toi et qu'une fois installée dans ton canapé tu pourras faire comme dans les romans américains et t'enfiler 2 valium avec un verre de chardonnay de la Napa Valley puis sniffer un peu de cocaïne et la vie ira mieux pendant quelques heures. Et puis tu réfléchis et tu te souviens que tu n'as ni valium ni chardonnay chez toi. Ni cocaïne maintenant que tu y penses.