23.02.2008
Lexique new-yorkais 2
Zagat : Petit guide rouge à 15 $, sorte de Gault et Millaut local. Les restaurants et lounges affichent fièrement le panneau "zagat survey" si ils ont obtenu un commentaire enthousiaste de ce qui est considéré comme la bible des endroits où sortir à New York.
Pour se la jouer "New Yorker" : A utiliser pour se la raconter devant sa bande d'amis "Et l'autre soir on a été diner dans ce petit restau de West Village, il est Zagat-rated (comprendre recommandé par le zagat)".
Encore plus private ? Ne pas dire Zagat mais "the Devil’s Dictionary”, référence à Bret Easton Ellis dans "Luna Park" (ahahah trop la classe je sais)
Soldes : A New York y a des soldes partout. Et TOUTE l'année. Chez Bloomingdale's, la robe passe ainsi de 560 à 430 $. OH MON DIEU ! Tu te rends compte ? C'est une affaire.
Pour se la jouer "New Yorker" : Ne surtout pas faire les soldes de Thanksgiving, dits "Black Friday Sales". C'est la mort de ton body écrasé par une meute de shoppers sanguinaires assoiffés de bonnes affaires.
Videur de boite de nuit : Souvent noir et baraqué, le videur de boîte de nuit est un connard. Je ne dis pas ça par ressentiment, je n'ai encore été refoulée d'aucune entrée de boîte de nuit (trop la classe je sais). Devant les clubs les plus courus de la ville, on observe parfois une queue interminable, et le videur exerce alors son pouvoir de connard. Pour en avoir discuté avec l'un d'eux (et avoir souvent observé le manège), j'ai pu établir la topographie du tri à l'entrée d'une boîte de nuit new yorkaise :
Tu es un mec seul (pire, une bande de mecs seuls) ? Tu ne rentres pas.
Tu es une fille moche ? Tu ne rentres pas.
Tu es mal habillé ? Tu ne rentres pas.
Tu es dédaigneux avec le videur ? Tu ne rentres pas.
Tu es amical avec le videur ? Tu ne rentres pas.
Tu essayes de passer devant tout le monde dans la queue ? Le videur te renvoie à l'arrière (et accessoirement tu ne rentres pas)
Tu attends sagement ton tour comme un con dans la queue ? Tu continueras d'attendre comme un con jusqu'à ce que tu ne rentres pas.
Méprisant, le videur va volontairement t'ignorer quand tu attends à l'entrée. Si par grande bonté, il te laisse entrer, il te dit d'un ton glacial de te bouger le cul et de franchir la porte, mais montres ton I.D d'abord. Le pire ? Si tu parviens à entrer, tu ne peux t'empecher de ressentir de la gratitude pour ce connard. Et parce qu'il t'a choisi, presque de l'amour. Il reste cependant un connard.
Pour se la jouer "New Yorker" : Pas forcément réussir à entrer, de nombreux New Yorkais se plaignent d'être refoulés des night-clubs de leur propre quartier...
Grand appartement : A Manhattan, comprendre "placard avec vue sur le mur d'en face". A Brooklyn ou dans le Queens, comprendre "appartement de taille normale mais je me tape 45 minutes de métro le matin et le soir".
Pour se la jouer "New Yorker": Réussir à trouver un appartement en un mois seulement.
Hot-dog : Vendu dans la rue, le hot-dog new yorkais semble faire partie de la ville au même titre que la statue de la liberté.
Après y avoir gouté, on se demande bien pourquoi. Préparé sur une carriole branlante d'où s'échappent des effluves grasses, le hot-dog se compose de pain et de saucisse, avec parfois du chou, de l'oignon et du relish (sorte de cornichon doux haché). Au final tu te retrouves avec l'impression de déguster du papier mâché tiédasse, que l'ajonction de ketchup et moutarde ne parvient pas à relever. Non seulement c'est pas bon mais en plus y en a pas beaucoup, ce qui revient cher au niveau du rapport quantité-prix.
Pour se la jouer "New Yorker": Ne pas en acheter. Eviter également les bretzels trop salés et les kebabs trop gras. Préférer une soupe ou une salade dans un snack.
Le chocolat : Dégueulasse. Hershey's semble avoir le (quasi) monopole. Son chocolat ressemble à de la sciure mélangée à de l'arôme artificiel de cacao, et pour ce que j'en sais, ça pourrait être le cas.
Pour se la jouer "New Yorker": Acheter des ferrero, des kinder, ou aller chez Dylan's candy bar (la boutique de la fille de Ralph Lauren, sur Midtown East. Tous les gosses de riche viennent y célébrer leur anniversaire).
Craigslist : En fait Craigslist est un site web de San Francisco à l'origine, mais indispensable dans les grandes villes américaines ergo indispensable à New York. Chacun peut poster pour vendre ses objets, proposer ses services, rechercher l'âme soeur. Même les fous. Même les paumés. Même les pervers.
Surtout ces trois catégories en fait.
Sur Craigslist tu peux trouver un appart, une coloc, un appareil photo, de la bière, un cours de macramé, un canapé pour tes soirées devant la télé, un vagin pour tes soirées de célibat, voire un canapé en forme de vagin pour tes soirées de célibat devant la télé.
Pour se la jouer "New Yorker" : Tout le monde trouve son appartement par Craigslist. C'est d'un commun. Il est tellement plus hype de raconter à ses amis comment on a recontacté ce barman super mignon de l'autre soir qui nous a listé dans les "missed connections" tellement il voulait nous revoir.

Voici le vagina couch. Il est à vendre. Mais si personne ne l'achète, son propriétaire est prêt à le donner. OH MON DIEU ! Encore mieux que les soldes chez Bloomingdale's.
10:15 Publié dans Manhattan Transfert | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, new york, blog, sexe, soldes, garcon, sortie
15.03.2007
Jenny
C'était pendant l'été 1976. Un été brûlant, le plus chaud qu'on ait connu depuis au moins 20 ans. C'était ce que disaient les vieux quand ils se réunissaient sous le kiosque du jardin public. Pour nous c'était juste un été morne et étouffant dans une petite bourgade américaine. Notre ville avait été tenue à l'écart des grands événements des années 60 et 70. Tous les adultes du coin tenaient les hippies en horreur, et en avaient presque aussi peur que des communistes. En ce mois de juillet 1976, la torpeur avait saisi les environs et le seul mouvement dans les rues poussiéreuses était le voltigement des lambeaux de pétard du 4 juillet. Même la jeunesse errait sans but ni enthousiasme. Mes amis traînaient leur frustration adolescente entre le ciné, le drugstore et le terrain de base-ball. Une tension juvénile, un mélange d'énergie et de mal-être qui ne demandait qu'à jaillir et à se retourner contre l'ordre établi. Nos parents nous considéraient comme des animaux dangereux, qu'il fallait surveiller au plus près, et nous n'avions qu'une envie, leur donner raison. Ce fut cet été là que Josh s'enfuit de chez lui. Ce fut cette année là également que Tommy mit le feu à la décharge municipale et fût placé en maison en maison de correction. Que Mark fut tabassé par son père après avoir pris une cuite et qu'il en resta estropié. Et c'est cet été là que j'ai perdu Jenny.
Nous appartenions à la bourgeoisie WASP. Ma mère organisait des lunchs avec les dames de la paroisse et mon père faisait du golf avec les notables de la ville. Nous habitions sur Davidson Street, derrière laquelle s'étendaient les quartiers pauvres, mais pour ma mère il aurait pu y avoir un océan entre les deux mondes. Je revois encore la moue de mépris qui tordait sa bouche lorsqu'elle parlait de "ces pauvres gens". Elle adorait organiser des réunions pour les aider, les soulager de tous leurs fardeaux, alcoolisme, grossesses adolescentes, chômage... Mais elle aurait préféré mourir que de supporter l'idée que son fils les fréquente.
J'avais rencontré Jenny dans l'allée derrière chez nous. Ce n'était pas vraiment une allée, plutôt une ruelle dans laquelle la bonne mettait les poubelles le matin. Elle a sursauté quand elle m'a vu et elle a eu un air embarrassé, comme prise en faute. Je l'avais déjà remarqué au supermarché, et le contraire eut été difficile. Elle était tout simplement magnifique. Je ne l'ai pas interrogé sur sa présence dans notre allée, craignant de la vexer ou de paraître trop inquisiteur. Elle portait un t-shirt des Falcons Atlanta et j'ai maladroitement tenté une blague sur leur résultat lors du dernier match. Elle a ri, et on s'est mis à discuter. C'est comme ça que tout a commencé. Juste un t-shirt des Falcons, son rire, sa grâce presque irréelle, et un rendez-vous au drugstore. Et nous ne nous sommes plus quittés. Je lui ai fait découvrir Led Zeppelin et les Pink Floyd, elle m'a fait connaître les films de Arthur Penn. On allait au cinéma et on restait deux séances d'affilée, ou on se baladait dans le parc en discutant. Sa peau, ses yeux, son odeur...elle me rendait fou tout simplement. Mais je ne tentais rien, parce qu'elle se souciait du qu'en-dira-t-on et que je savais que si ma mère nous surprenait j'étais bon pour rester enfermé dans ma chambre tout le reste de l'été. Peut-être aussi parce que je commençais à tomber amoureux. Quand je regarde en arrière, après toutes ces années, il me suffit de fermer les yeux et de me concentrer pour sentir à nouveau la moiteur de ces longues journées, et l'ombre qui s'allongeait au pied des peupliers tandis que le soleil baissait à l'horizon. Pour me souvenir à nouveau de ce que ce fut d'être jeune, d'avoir ce creux dans le ventre en l'attendant, et de ne penser qu'à elle quand elle était loin. Souvent, elle passait dans l'allée où nous nous étions rencontrés, et je l'observais en silence de la fenêtre de ma chambre, voyant dans ce geste et toutes les précautions qu'elle y mettait pour n'être vue de personne, pas même de moi, une preuve de ses sentiments. J'étais si jeune, si insouciant !
Une fois Jenny me raconta qu'elle rêvait de visiter le musée de qui se trouvait à Castle Rock, la ville voisine, depuis qu'elle était toute petite. J'achetais des billets de bus et lui proposais de passer tout un après-midi là-bas. Nous pourrions également aller au cinéma et manger une glace, et être rentrés assez tôt pour n'éveiller les soupçons de personne. J'eus cependant du mal à convaincre Jenny. Elle venait d'une famille très pauvre, même si elle faisait tout pour me le cacher. Sa mère était morte et son père était un alcoolique notoire. Je ne savais pas comment il parvenait à nourrir Jenny et ses frères et soeurs. J'avais entendu dire que ses petits frères volaient à manger dans l'épicerie de Mr Boyer, et même si je refusais de le croire, j'étais mal à l'aise quand je voyais toute la nourriture gaspillée que la bonne jetait dans nos propres poubelles.
Finalement Jenny accepta que nous passions l'après-midi à Castle Rock. Il faisait beau ce jour-là. Et toujours aussi chaud. J'avais donné rendez-vous à Jenny à l'arrêt de bus. Je me préparais longuement devant la glace et prévins ma mère que je sortais. Avec un sourire doucereux, elle me demanda de déposer de la mort-aux-rats dans les poubelles de l'allée avant de partir. Avec la chaleur estivale, nos poubelles étaient constamment dévastées par des chats errants et de gros rats que ma mère haïssait plus que tout. Je me saisis de la boîte et versais rapidement la poudre sur nos déchets. Puis je courus jusqu'à l'arrêt de bus. Jenny n'était pas encore là et pendant un bref instant je crus qu'elle avait changé d'avis. Elle apparut au coin de la rue en même temps que le Greyhound. Elle avait mis sa plus belle robe pour cet événement et son excitation était contagieuse. Elle avait les joues rouges et les yeux brillants et mon Dieu elle n'avait jamais été aussi belle.
Le centre-ville de Castle Rock était somme toute très banal, semblable à tant de centre-villes à travers le pays. Mais je m'en fichais. Jenny était avec moi et nous avions tout un après-midi ensemble. A mesure que mon excitation augmentait, Jenny devenait de plus en plus calme. Bientôt elle resta silencieuse. Puis, alors que nous nous dirigions vers le musée, j'entendis une sorte de gémissement, comme un sanglot. Je me retournais vivement vers Jenny. Elle était toute blanche, la bouche crispée. "Dave, je ne me sens pas très bien."J'essayais de la rassurer. Nous arrivions au musée dans quelques minutes et nous pourrions alors trouver un banc où nous asseoir. Mais Jenny se tenait le ventre et geignait. "Dave je t'en prie ! J'ai si soif !"Je sentis la chaleur m'envahir. Ses lèvres étaient blanches et de la sueur perlait à son front. "Ne t'inquiètes pas Jenny, on s'arrête dans le prochain drugstore."Je fouillais la rue du regard jusqu'à ce que j'aperçoive les néons "Sodas" et "ice-cream". Nous nous engouffrâmes à l'intérieur et je demandais un verre d'eau. Jenny avait désormais les yeux clos et gémissait sans s'arrêter. Le barman se précipita vers nous avec l'eau. J'assit Jenny et lui donnais à boire. Sa peau était glacée et elle grelottait. De violents spasmes raidissaient son corps. La panique me submergea.
"Appelez un médecin ! Vite !"
Les rares consommateurs s'étaient attroupés autour de nous et s'empressaient de donner des conseils. L'un d'eux partit précipitamment et revint avec un docteur. Jenny rouvrit les yeux mais ils ne se fixaient sur rien, comme si elle ne voyait déjà plus. Nous dûmes l'allonger par terre lorsqu'elle fût saisie de convulsions. Une écume blanche et abondante moussait aux coins de ses lèvres. Lorsqu'elle se mis à saigner du nez, je perdis tout contrôle et hurlais, suppliant le médecin de la sauver.
Finalement elle se raidit complètement puis demeura immobile. Le docteur lui prit le poul et lui ferma les yeux. Il se tourna vers moi.
"Je suis désolé mais on ne pouvait rien faire."
Je le regardais sans comprendre.
"Empoisonnement à la mort-aux-rats."
12:50 Publié dans La Pléïade revisited | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : mort, blabla, fille, garcon, amour
10.03.2007
Draguer ( et conclure ) au Monoprix-Part One
Hier Thibaut m'a dit : "Mais pourquoi tu mets pas sur ton blog le mail sur la drague au Monoprix ?", ce à quoi je lui ai répondu que non c'était pas possible j'ai un minimum d'honneteté intellectuelle mais finalement j'ai découvert que l'honneteté intellectuelle ne pèse pas lourd face à une gueule de bois ( encore une ! ). Donc mes plus plates excuses à ceux qui connaissent déjà et à ceux qui vont trouver ça trop long ( j'ai coupé en deux ).
Mettons nous en situation. Tu as l'oeil vif, toutes tes dents et tes cheveux, ni varices ni gaine de maintien, tu es beau / belle, plein(e) de sève comme un poney fougueux dans un paturage verdoyant, enfin bref je ne vais pas te faire un dessin tu es JEUNE. Et dans notre société post-soixante huitarde, être jeune suffi à faire de toi quelqu'un de hype ( oui parce qu'être vieux c'est nul et ça pue, et puis le vieux il sert à rien il sait même pas ce que c'est que l'ADSL et croit qu'une rave c'est une variété de céleri...)
Donc tu es jeune donc hype. En plus tu as la chance d'habiter dans une ville de jeunes, donc forcément hype, au hasard Aix-en-Provence. Comme tu es hype, tu fais tes courses avec classe mais comme tu es jeune t'oublies tout le temps de les faire et tu te retrouves à gratter avec tes petits ongles de jeune les vieux bouts de parmesan au fond de ton frigo pour accompagner un reste de conserve ( pas de chance c'était du thon...c'est pas bon et en plus tu pues de la bouche ).
Il faut savoir qu'à Aix-en-Provence, il y a trois endroits où faire ses courses. Soit tu es riche et tu vas à Monoprix. Soit tu es pauvre ou inconscient et tu vas chez Ed. Soit tu as une voiture et tu vas à Carrefour. Bon, alors disons qu'en plus d'être hype, tu es riche. Tu vas à Monop'. De toute façon même si t'es pauvre, il faut aller chez Monop' puisque le véritable but ici n'est pas de faire des courses mais de faire des rencontres. Si tu vas chez Ed, tu va avoir le choix entre un alcoolique-sale-et-pauvre qui achète un litre de rouge pour diluer son ricard, ou une ménagère-de-plus-de-cinquante-ans-pauvre-et-pas-épilée qui vient choper la promo sur le cassoulet de potée auvergnate au petit salé. Or il faut sélectionner, et pour rencontrer des gens socialement endogènes, il faut se rendre dans les endroits qu'ils fréquentent.
Donc bon le jeune ça fait trois heures que j'essaie de te mettre en situation et oui je sais y a "Plus belle la vie" qui va commencer donc ok je me dépèche et voilà tu es devant Monop', toujours fringant comme un poney sauvage et prêt à sacrifier la promo du jour ( celle avec des S'Miles ) sur l'autel de la drague.
Tout d'abord l'entrée. Il faut soigner l'entrée car c'est là que tu fais ta première impression et -surtout- que tu fais les premiers repérages. Avances d'un air crâne, conquérant, en secouant ta crinière soyeuse ( mais pas trop...sinon tu vas avoir l'air de souffrir du syndrome de Tourette et tu pourrais en plus te démettre une vertèbre ce qui entraverait bêtement la suite de tes démarches ). Saisis désinvoltement un panier parce que rappelons-le tu es jeune donc fainéant mais hype donc tu n'as pas l'air de t'embarrasser de détails bassements matériels. Puis tu te décides enfin à faire les courses. L'individu normal, après une journée de boulot, va essayer d'aborder cette tâche de manière rationnelle, rayon par rayon, en faisant des comparaisons du prix au kilo. Mais PAS toi ! Gardes en tête ton objectif. Bon, le problème c'est que vu que tu es au Monop' et que ton frigo est vide, tu te dis :"Ben, pourquoi ne pas en profiter pour faire les courses ?". Et c'est là qu'on voit que même si t'es jeune, eh ben tu réfléchis. Donc tu déambules dans les rayons, tu saisis au hasard des chips de crevette au barbecue ou une choucroute de canard aux fèves tout en jetant des regards attentifs autour de toi.
Là il y a 2 cas : Soit tu es dans ce que l'on peut appeler une journée de merde. Tu ne t'es pas réveillé et t'as raté tes TD, ou tu t'es réveillé t'es allé en TD mais finalement t'aurais pas dû, tu as eu lancer de javelot en cours de sport, tu as mangé du thon au parmesan à midi, et il pleut. En plus, t'as oublié ton porte-monnaie et tu vas être humilié comme jamais quand tu vas arriver à la caisse, que tu ne pourras pas payer et que toute la queue va te huer puis te lapider à coup de mentos, ferrero rocher et Télé 7 Jours... Dans ce cas là, il y a des chances que tu ne repères personne mais tant pis pour toi, je ne peux rien y faire.
Soit c'est un bon jour et tu repères un specimen intéressant. Toi le jeune mâle, imagines cette superbe fille, fière et droite comme une amazone, qui jauge les tomates d'un air langoureux mais quelque peu timide quand tu regardes au fond de ses prunelles oui c'est ça juste là à gauche non pas trop à gauche là c'est son oreille... Son panier a l'air trop lourd à porter et instinctivement tu aimerais te précipiter vers elle pour la secourir mais non malheureux ! pas de précipitation. Toi la jeune femelle, imagines ce beau ténébreux au regard vif et velouté ( hum ! ), au sourire éclatant mais un peu timide qui cache sous une façade mâle et assurée sa fragilité de petit garçon ( ceci étant la synthèse de l'homme parfait selon les critères de la Française moyenne, réalisée par moi-même à l'aide de "Cosmo", "Elle", "Jeune et Jolie" et "Harlequin"...). Il soupèse virilement une entrecôte puis un filet de dinde avant de se rabattre sur une pizza 4 lardons. Tu aimerais te précipiter vers lui et lui dire que non non ne choisis pas la Buitoni, la garniture coule dans le four prends plutôt celle-là mais non malheureuse ! pas de précipitation.Comme le chasseur qui a dejà reperé sa proie, tu traques la personne convoitée dans les rayons. Un examen approfondi te permettra de vérifier l'absence de tares rédibitoires qu'un coup d'oeil superficiel n'aurait pu révéler. Ainsi il te faudra éliminer d'office toute personne en couple ( perdu d'avance ), qui boite ( trop pas hype ), qui louche ( oui au début tu croyais qu'il regardait intensément l'étiquette de la composition des glucides mais en fait non ) ou qui mange des All-Brans ( mauvais transit intestinal ).Mais surtout c'est maintenant le jeune, oui toi avec tes hormones qui bouillonnent dans ton petit corps post-pubère, c'est maintenant donc qu'il va falloir ETABLIR LE CONTACT. Car bon tu as reperé, mais ta victime potentielle elle n'a surement pas fait attention à toi, toute absorbée qu'elle est par la promotion sur les rouleaux de papier toilette ( là tu peux penser qu'en fait cette personne est très superficielle, pas du tout ouverte sur les gens qui l'entourent et sur ta misère sexuelle. Mais accroches toi ).
10:55 Publié dans My so-called life | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : drague, monoprix, blabla, fille, garçon
Draguer ( et conclure ) au Monoprix-Part Two
2) Tu es un garçon : tu t'approches discrétement ( enfin pas furtivement par derrière, tu n'es pas un pervers...) et tu lui demande d'un air mâle et viril : "excusez-moi mademoiselle, permettez-moi de vous attraper cette fourme d'ambert beaucoup trop haute pour vous." Très bien le jeune ! Tu as montré ta force physique. Eh oui, tu peux défendre la caverne et ramener du gibier, tu es donc pour son instinct primaire un père potentiel pour ses futurs enfants. Et avec le vernis de civilisation qui nous recouvre, tu deviens un peu son héros, qui va l'aider dans cette jungle urbaine pleine de pièges traîtres, de crottes de chien sur les trottoirs, de voitures qui éclaboussent, de chansons de Francis Lalanne et de fourmes trop hautes.
Mais il ne faut pas t'endormir sur tes acquis. Il s'agit de prolonger ce premier contact et de le faire fructifier par une conversation intelligente. Toi la jeune, tu peux entrer dans un rapport disciple-maître ( "Et alors le bleu d'Auvergne ça s'appelle le bleu à cause des taches là ? Mais c'est quoi ? de la pourriture ?...ah !" ). Toi le jeune tu peux faire un compliment tout en montrant ta culture ( "Vous saviez que les taches dans le bleu d'Auvergne c'est de la pourriture ? D'ailleurs vos yeux sont du même bleu intense..." ). Non, non cher lecteur, chère lectrice ! Ne me remercies pas de te dévoiler mes trucs et astuces, c'est tout naturel, au fond tu le mérites, tu as fait l'effort de me suivre jusque là.
D'ailleurs nous passons à la deuxième technique.
Tu n'oses pas attaquer l'élu(e) de ton coeur de façon aussi directe. Tu n'as pas tort. Le râteau sera moins violent et puis à force d'attraper des trucs trop hauts dans les rayons, tu risques de faire s'effondrer toute une pile de ravioli de surimi au vin blanc sur l'être aimé, ce qui serait la mort de tous tes espoirs, en plus de sa mort à lui/elle...Je te conseille alors la technique de la similitude des goûts. Facile. Tu suis la personne visée dans les rayons et tu prends dans ton panier les mêmes produits qu'elle. Puis tu veilles à choisir la même caisse qu'elle et tu te places juste derrière. Et tu engages la conversation lorsque vous déposez sur le tapis roulant vos produits qui ô miracle sont identiques. C'est dingue ces goûts en commun ! Vous êtes faits pour vivre ensemble vous... La discussion promet d'être riche. Pour atteindre son but, elle devra être articulée en 4 parties : fais une remarque sur vos goûts communs ( "Tiens vous aimez les lasagnes de fromage de tête ? moi aussi." ), puis étends subtilement le champ de la conversation ( "Avant je prenais également le flan aux endives, mais il est trop riche en sodium et ça me faisait gonfler" ), avant de lâcher quelques infos séduisantes sur toi mine de rien ( "Et ils vont bientôt sortir la tourte de calamars au brie...j'ai hâte d'essayer. Oui je sais je suis un peu foufou mais j'aime prendre des risques et je pense qu'il faut vivre sa vie à fond" ) et enfin lui proposer de découvrir de nouvelles choses, de préférence dans un domaine artistique ( "Et le dernier Cd de Kyo vous l'avez écouté ? Je peux vous le prêter si ça vous intéresse..." ). Bien sûr, il faudra lui poser des questions sur lui/elle car la conversation est censée être un dialogue. Prends un regard pénétré et pénétrant, surtout pour le passage de la tourte.
Là encore permets-moi de te mettre en garde. Il ne faut négliger aucun détail. Tout d'abord fais attention à ce que tu mets dans ton panier avant de repérer ta proie. Evites la préparation H pour hémorroïdes ou les serviettes hygiéniques extra-larges parce que l'approche sera beaucoup plus dure et moins fructueuse. Et vérifies également quand tu mets les même produits qu'elle dans ton panier, surtout toi le garçon ( "Bonjour. Tiens, vous aussi vous achetez ces délicieuses céréales à l'ail et aux fines herbes ? Hein ? Euh oui moi aussi j'achète cette crème dépilatoire...euh...tiens j'ai un appel...au revoir..." ). Evites enfin de faire dégénérer la conversation en vantant tous les produits que tu as acheté...tu n'es pas Pierre Bellemare dans le Télé-achat et d'ailleurs soi dit en passant il ne vaut mieux pas vu que Pierre Bellemare, il est trop pas hype...
Voilà le jeune, si tu as suivi mes conseils à la lettre, tu as fait connaissance. Tu peux alors proposer d'aller prendre un verre d'eau ou de se rejoindre tous les mardi à 19h30 devant Monop' pour faire les courses ensemble. Tu es un winner.
Sinon, tu viens de te prendre une veste en public. Tu t'es fait rire au nez et tu rentres chez toi comme un vieux chien galeux. Comme t'as pas fait les courses, vu que t'es con et que tu penses qu'à draguer, t'as rien à manger à part de la crème dépilatoire. Tu es un looser.
Tant pis, tu seras obligé de retourner à Monop' demain. Allez, courage, relèves la tête, tout espoir n'est pas perdu. Tu as jusqu'à demain pour réfléchir à ton échec et en tirer les conclusions qui s'imposent pour t'améliorer. Et puis tu es hype. Alors tu t'en fous. Ou presque.
Je décline toute responsabilité dans le cas où vous décideriez de suivre ces conseils. Par contre si vous le faites, ce serait intéressant de me tenir au courant car cette expérience n'est encore pour moi que théorique...
10:45 Publié dans My so-called life | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : drague, monoprix, blabla, fille, garçon


