16.11.2007
Laisse moi te faire peur...
Il parait qu'il est utile de jouer sur les peurs des gens et les sursauts sécuritaires pour aliéner la masse. Comme tu devrais le savoir, j'ai pour ambition de conquérir le monde et d'être élue dictateur à vie pour pouvoir faire des croisières en yacht aux frais de mes amis proches ou me resservir gratuitement au buffet des desserts du Courtepaille. Donc je me suis penchée sur l'étude des peurs collectives
Prends un enfant par la main pour l'emmener vers demain. Non malheureux ! Ne prends pas vraiment un enfant, tu vas te retrouver en taule à michetonner pour les matons du bloc D, c'est juste une figure de style. Imagine donc un de ces êtres humains prépubères, né après la chute du mur de Berlin et qui maitrise à fond le skyblog. Demande lui de quoi il a peur. Il te répondra sûrement "la menace terroriste" ou "l'interro de maths de lundi". Ce qui tu en conviendras est une peur de fillette face à certaines angoisses irrationnelles qui nous saisissent, nous, la génération X. Tu sais, ces peurs que l'on n'ose pas nommer, qu'à la rigueur on se chuchote lors d'un moment d'intimité poussée, genre à des amis proches ou à la collègue de la photocopieuse au pot de départ à la retraite de l'agent d'entretien mais ça c'est parce qu'on était bourrés à cause de la sangria.
Tiens, les clowns par exemple. Combien de gens ai-je déjà entendu dire "Les clowns ça me fout les boules". Comment cela se fait ? On pourrait rejeter la faute sur John Wayne Gacy ou Stephen King avec son bouquin "Ca".
Mais en fait il n'y a pas d'explication rationnelle. Un type déguisé comme une transexuelle de la Gay Pride, qui rigole comme si il était possédé par Steevy Boulay (d'ailleurs il a souvent la même gestuelle) (et le même gout très approximatif en matière vestimentaire), ça fait peur. Et le plus horrible, c'est que la voix du clown ne cadre pas avec ce physique grotesque. Le clown a une voix doucereuse, presque malsaine. Tiens je me souviens de ce clown qui proposait de venir prendre un de ses ballons. Sa façon perverse de prononcer "ballons", d'un ton onctueux. Je pensais que seul les mots "sodomie" ou "fellation" pouvaient être prononcés comme ça. Même Ronald Mac Donald m'a toujours paru inquiétant, avec ses cheveux oranges et son sourire figé. Et il avait une voix vachement bizarre quand il proposait de venir prendre un de ses happy meals...
La coupe mullet. Court devant, long derrière. Si tu veux verser dans le ridicule, place ces deux mots dans une conversation, "coupe mullet", et l'effet est assuré. Pourquoi ? Je veux dire, pourquoi savons-nous intimement que jamais nous ne débarquerons chez le coiffeur par une belle journée printanière pour demander à se faire raser les tempes tout en gardant une nuque longue ? Parce que la coupe mullet, c'est tellement moche que tu verses tout de suite dans l'horreur. Un peu l'équivalent capillaire de la gueule de la gamine dans "L'exorciste", ou des varices de ta grand-mêre au sortir de la douche. C'est instinctif, il suffit qu'une coupe mullet s'inscrive dans ton champ de vision pour que la sueur coule le long de ton dos et que tu te mordes la langue pour ne pas hurler. Tes yeux piquent, parfois saignent, et la panique t'envahit. Et le pire c'est que tu ne peux rien faire, cette peur est inscrite dans les gènes. Comme Carlos chantant "Tirelipimpon un coup en l'air un coup en bas, Touche mes castagnettes moi je touche à tes ananas !" à son public d'alcooliques gérontophiles, ce genre de peur fait appel à nos instincts les plus enfouis, et à notre xénophobie la plus élémentaire face aux ringards et aux ploucs.
Les filles poilues. Demande à un garçon si il préfère sortir avec une fille poilue ou une fille qui a une haleine de poney shetland, et il te répondra qu'il préfère la bouche d'égout parce que là au moins ça peut s'arranger. Comme si genre le poil sur la jambe était invincible. C'est à ce moment là qu'on peut se demander pourquoi le poil féminin rebute tellement. Je veux dire, il fût un temps où la question des poils était secondaire. Désormais, une fille est autorisé à avoir du poil sur la tête et au dessus des yeux et puis c'est tout. On pourrait blâmer l'industrie du porno et ses touffes rasées, le lobby des épilatrices ou encore la tendance pédophile de la mode actuelle. Il n'empêche qu'une fille avec du poil c'est vachement angoissant. Pourquoi ? Bon mettons nous en condition. Ferme les yeux et imagine une aisselle poilue. Ca fait comme un pelage de loutre luxuriant et satiné. C'est beau, c'est doux c'est lavé avec Mir laine et puis c'est interactif, on peut jouer avec. Alors quoi ? Une vieille réminiscence du yéti ou de la bête du Gévaudan ? Non. Referme les yeux et approche toi. Plus près. Tu humes ce fumet délicat ? Tu as ta réponse.
L'inspecteur Derrick. Qui a déjà vu un épisode de l'inspecteur Derrick ? En entier ? Sobre ? Cette série est devenue le référent pour les heures chiantes et longues comme un dimanche de pluie dans la zone industrielle de Dunkerque. Et pourtant, entre "Vivement Dimanche", "la chance aux chansons" et le tour de France, y avait de la concurrence. Mais ce qu'il y a d'effrayant dans Derrick, c'est peut être la peur de finalement l'apprécier. Je veux dire, si cela fait si longtemps que le detective de Munich squatte les chaines de télé, c'est que forcément il y a un minimum d'audience. Que pleins de vieux doivent regarder entre deux romans de Danielle Steel. C'est ça qui est terrifiant. Se dire qu'on peut tomber là-dedans, de façon presque anodine.
Désormais, pour te donner le grand frisson, plus besoin de regarder "Jason contre Freddy" en sniffant un rail de coke : imagine Derrick déguisé en clown, avec une coupe mullet et la touffe poilue, en train de chanter des chansons de Carlos...
02:00 Publié dans Sciences Pipo | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, peur, humour, clown, poil, carlos


