17.01.2008

Maman j'ai (failli) rater l'avion

Tout d'abord bonne année à toi qui me lis. Je voulais te faire un post sur mes bonnes résolutions mais en fait ça avait l'air chiant comme une liste de courses, et comme je n'ai pas trop la tête à ça en ce moment, le post qui suit est vraiment brouillon et ne reflète absolument pas la quailté des notes pour l'année à venir. Alors ne m'en veux pas, bientôt (je l'espère) il y aura ici des posts plein de loolitude et de sexitude...

 

Il y a ces filles tu sais, ces filles qui semblent sortir d’un magazine même au réveil, même avec la gueule de bois, même avec la grippe. Des filles qui sont toujours impeccables, même après un voyage en avion, qui ont l’œil vif, le teint de pêche et les vêtements pas froissés ni tachés malgré les heures de vol et le jet-lag. Ce genre de fille qui énerve et fascine à la fois, pour qui tout a l’air d’être facile, genre on dirait qu’elle va faire un shooting de photo avec son sourire « soirée chez madame l’ambassadeur » et son petit sac Chanel, là sur le tarmac de l’aéroport, alors que toi tu galères juste pour descendre de l’avion sans te casser la gueule sur l’hotesse de l’air.
Bref tu auras compris que je ne suis malheureusement pas ce genre de fille. Et pourtant j’ai essayé.
J’avais déjà tout planifié dans ma tête. Je devais prendre l’avion pour rentrer à Paris, et j’avais choisi un vol partant de JFK à 21h30 vendredi, arrivant à Charles de Gaulle à 11h le lendemain. Ce qui me laissait la journée pour préparer mon sac, faire le ménage et la lessive et acheter les cadeaux pour la famille. Le seul impératif était d’être à la gare à 17h pour prendre la navette.
A 15h j’avais fait le sac, le ménage et tout, et même acheté le billet de bus en avance. « Tu gères ! » je me suis dit, et pour me féliciter je suis allée m’acheter un donut chez Dunkin’, en me disant que pour une fois dans ma vie j’allais être dans les temps, et je me voyais déjà faire le voyage, tranquille et radieuse, des flashs de moi prenant la navette et tellement en avance que je me payais le luxe de laisser passer tout le monde, et les gens m’adoreraient, même la petite vieille là me dirait « Dieu vous bénisse jeune fille » et je baisserais la tête d’un air humble avec un sourire transpirant l’amour pour mon prochain, des flashs de moi dans l’avion sirotant un schweppes en discutant avec mon voisin et le stewart, bref, moi respirant la sérénité et la classitude parce que est-il besoin de le rappeler, J’ALLAIS ETRE DANS LES TEMPS.
Sauf que. Ma valise n’était pas tout à fait prête. Et j’avais oublié les cadeaux. Et en fait il était 15h30. 

15h30 : Il faut que je prenne le métro de Time Square jusqu’à la 59eme pour aller à l’Apple store.

15h41 : Hum… j’ai pris le mauvais métro je crois…

15h42 :  Ou je suis là ?

15h43 : Sur la 72ème ? Ok il me suffit de courir marcher jusqu’au bas de Central Park.

15h58 : Ca y est je suis chez Apple. (Distance estimée : 17 blocs. Distance finale : 43 blocs).

16h14 : Bon je fonce chez FAO Schwartz (une boutique de jouets) puis chez Ralph Lauren et c’est bon. Je serais à la maison vers 16h30.

16h36 : Ou pas.

16h43 : Fini. Je prends le métro et je rentre à la maison.

16h47 : Hum… J’ai pris le mauvais métro je crois…

16h 51 : Je suis à un bloc de chez moi. Il me reste 9 minutes pour rentrer, monter les escaliers, finir ma valise, faire pipi, redescendre, marcher un bloc jusqu’à la gare et chopper la navette.

16h52 : Facile, je pense.

Mais au fond de moi, je fais moins la maligne. J’ai commencé à transpirer, et c’est en sentant la première goutte de sueur couler le long de mon échine que je l’ai vu disparaître.
Qui ?
La vision de moi radieuse et cool, respirant la classitude. Elle s’est barrée en même temps que ma dignité, alors que je sautais par dessus un clochard et poussais une vieille dame pour pouvoir traverser le passage clouté avant tout le monde.

16h55 :  Je suis dans mon entrée, respirant en apnée à cause du montage d’escalier en quatrième vitesse et ça y est, je vais mourir d’une crise d’asthme là sur un paillasson miteux avec « welcome » écrit en vert sur fond jaunasse, et ma coloc me découvrira en rentrant du boulot, la main crispée sur la clé et le doberman du voisin du dessus m’aura à moitié bouffé la jambe.

16h56 : Ne pas paniquer. Je jette le reste de mes affaires (écharpe, appareil photo et cadeaux) dans le sac FAO Schwartz puis je balance tout dans l’escalier et je cours vers la gare.

17h01 : J’arrive les aisselles trempées, le cheveu en bataille, la langue pendante et l’œil fou roulant dans l’orbite, et je dis adieu à toute idée d’être impeccable et présentable mais je m’en fous parce qu’à ce moment là je la vois partir. La navette.

17h02 : Comme dans un film, j’essaye d’accélerer encore mais j’ai oublié qu’on n’était pas dans un film et donc ça n’a pas marché et il fallu que je me jette sous les roues du bus pour qu’il stoppe enfin. Là Le chauffeur me dit qu’un autre bus attend pour JFK et comme une conne je le crois, mais faut dire je suis en détresse psychologique.

17h04 : A l’arrêt du car je demande quand le bus suivant part et le vieux moche qui vérifie les tickets me dit 20 minutes et je chancelle et gémis « Oh no ! » avec des sanglots dans la voix alors il me prend en pitié et me propose son siège.

17h05 : Non mais quelle abrutie ! Me faire avoir par un chauffeur de car qui s'habille comme Barracuda dans "L'agence tous risques"...

17h06 : Je finis par m’assoir, je me recoiffe mais c’est une tache perdue d’avance, j’ai les cheveux tout emmêlés, je suis à bout de souffle, les vêtements poisseux à cause de la transpiration et mon ordinateur me scie l’épaule. A ce moment là, j’ai juste envie d’écouter du Garou et de me laisser mourir, mais il faut se ressaisir, parce que je dois profiter de ce répit pour transférer les affaires du sac de jouet à la valise, et jeter cette horreur de sac à la poubelle.

17h23 : La navette arrive. Je monte dedans, l’odeur de fennec mort me précède et je m’assois à l’écart comme une pestiférée, parce que j’ai peur que le chauffeur me demande d’où ça vient cette odeur, j’ai bouffé un cimetière indien ou quoi ?

17h38 : Je me recroqueville au fond de la banquette et au moment où nous nous engageons sur l’autoroute je commence à avoir froid vu que la sueur a séché.

17h 51 : Je cherche fébrilement mon manteau qui a disparu.

17h47 : Il est où ce foutu manteau, juste au moment où j’ai besoin de lui pour éviter que mon fumet d'abats pourris se répande dans le bus ?

17h54 : Merde je crois que j’ai perdu mon manteau.

17h56 : Finalement il était coincé sous ma valise.

18h02 : Mais il me manque mon écharpe.

18h08 : Mais pourquoi rien ne se déroule comme prévu hein ? Pourquoi je ne suis pas classe et présentable ?

18h09 : Et surtout inodore ?

18h10 : Et voilà ! Je recommence à transpirer…

18h11 : Re-transpirer sur de la sueur séchée... J'ai l'impression d'être plongée dans un bain de morve qui durcit lentement...

18h13 : Et toujours pas d'écharpe.

18h14 : En plus la sueur qui sèche, ça gratte.  

18h15 : Attends ! je me souviens.

18h16 : Mon écharpe est dans le sac « FAO Schwartz ».

18h17 : Que j’ai jeté à la poubelle.

15.10.2007

Please fasten your belt...

J'aurais cru que c'était plus difficile. Que j'allais avoir peur, me sentir perdue, peut-être même pleurer. En fait non. Je suis heureuse. Curieusement, après tous ces mois d'attente, de démarches administratives et de stress, tout a semblé aller si vite ce matin. Et me voilà à bord d'un Boeing 737 d'American Airlines à destination de JFK, volant à plus de 10 000 mètres au dessus de l'océan.
Le réveil s'est fait dans le brouillard à 5h30, d'ailleurs j'ai trébuché deux fois sur le chien de mon père en allant à la salle de bain. A peine le temps de prendre une douche et de boucler ma valise et il a fallu partir. La traversée dans les rues sombres de Paris, engourdie sous la lumière orange des réverbères, et déjà tellement de voitures qui nous ralentissent. Mon père tente de me rassurer tandis que je m'enfonce dans le mutisme, tripotant fébrilement les boutons de la radio, essayant de ne pas penser au fait que nous sommes déjà en retard.
Nous arrivons finalement à Charles de Gaulle dans l'aube zébrée d'avions qui décollent. Enregistrement des bagages dans la foulée et embarquement porte 2A. Tandis que le soleil se lève sur le tarmac, je dis au revoir à mon père et franchis les portiques de sécurité. Je me retourne plusieurs fois pour le voir qui m'observe, me fait des grands signes puis disparaît. Je suis seule maintenant. Pensée à la fois angoissante et grisante. Je pars à l'aventure, avec deux jeans, deux pulls et 550 dollars dans la poche.
Je m'étonne de ne pas ressentir plus de tristesse, de nostalgie anticipée. Je pensais que le départ allait être plus déchirant. Mais ces derniers mois m'ont amplement laissé le temps de faire mes adieux à tout le monde, famille comme amis. Je me suis petit à petit détachée de ma vie en France, et j'en prends conscience alors que je me retrouve seule. Ce qui me tord le ventre, est-ce l'appréhension ou l'excitation ? Sûrement un peu des deux.
A peine le temps de passer à la boutique duty-free pour acheter une bouteille de champagne à la personne qui va m'héberger, et il faut déjà embarquer. Le voyage va durer huit heures. L'avion est rempli et ça parle anglais partout. Une hôtesse me distribue les papiers pour la douane et les services d'immigration américains. J'essaye de prendre l'air blasé et morne de la fille qui passe son temps dans des avions et je lis d'un oeil distrait les consignes de sécurité, souriant lorsque me revient à l'esprit la reflexion dans Fight Club sur les visages qui ressemblent à ceux de vaches hindou alors que l'avion va s'écraser. Finalement le boeing accélère sur la piste et au moment où il se soulève et que je me retrouve plaquée contre mon siège au décollage, je me rends compte que ça y est.
Je pars.
L'appréhension a totalement disparu. Il ne reste que l'excitation.

(...)

Il est 15h10 en France. 11h10 sur la Côte Est des Etats-Unis. J'imagine le début d'après-midi à Paris, mes frères à l'école, les touristes grimpant dans la Tour Eiffel, les amoureux s'embrassant sur les marches du Sacré-Coeur. Il m'est impossible d'imaginer la fin de matinée à New York. En attendant, je flotte au dessus de l'océan Atlantique, et si pour moi il n'est plus 15h10, il n'est pas encore 11h10.
Sur l'écran de la télé, George Clooney et Brad Pitt font des choses étanges dans un casino et je préfère concentrer mon attention sur les deux rabbins à papillottes qui prient deux rangées plus loin.
Je commence à me dire qu'il serait bien de faire un peu de style dans ce blog, histoire que cela ne ressemble pas trop à un carnet de voyage pour gamine prépubère, mais la fatigue me fait somnoler, et je pense que j'aurais bien besoin d'un xanax noyé dans une vodka-pamplemousse mais j'ai comme dans l'idée que la gueule de bois et le jet-lag ne réveleraient pas tout mon potentiel de séduction à mon arrivée alors je m'abstiens et à la place j'ouvre la petite boite que l'hôtesse me tend. Oh miracle ! Du toblerone et des Pringles et des cookies Oreo ! Je hoquète de joie et de gratitude et l'hôtesse me lance un coup d'oeil bizarre et hausse les épaules avant de se tourner vers mes voisins et là tu dois te dire que je suis tarée mais honnêtement c'est pas toi qui a avalé le plateau repas tout à l'heure, avec un bout de tarte encore congelé et un truc blanchâtre élastique et insipide qu'ils appellent "poulet" chez American Airlines et même que j'ai vraiment hésité à manger mais j'avais tellement faim que j'aurais pu mastiquer un morceau de l'appui-tête du type de devant et pourtant il avait des pellicules alors c'est dire.

Puis une autre hôtesse passe pour les boissons et me demande ce que je veux et là je sais pas y a eu un truc genre Satan s'est exprimé par ma bouche et au lieu de sortir "un coca" je balance "un jus de tomate" ce qui est vraiment trop con parce que déjà j'arrête pas de me renverser des trucs dessus et la tomate ça tache et puis surtout je ne comprends pas pourquoi j'ai dit ça vu que je trouve le jus de tomate gerbant. Impuissante, je la regarde me tendre une canette avec une gueule genre elle me fait le cadeau du siècle et je suis trop fatiguée pour rectifier le choix alors je prends le verre et je souris. Je vais essayer de faire passer le goût avec les pringles.

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Arrivée à 12h30 heure locale par le Queensboro Bridge. Sensation de rêve en voyant les taxis jaunes, les panneaux, la skyline, en entendant le bruit des sirènes de police... J'y suis ! Ces rues qui me semblent si familières à force de les avoir vu dans des films et des séries, je les ai arpentées tout l'après-midi dans la chaleur de la fin de l'été indien, me baladant dans l'Upper West Side (et accessoirement cherchant un adaptateur pour ma batterie d'ordinateur). J'écris cette note deuis un Starbuck's (d'ailleurs le serveur m'a offert la conso.. j'adore les New Yorkais !). Je ne sais pas comment décrire cela pour que vous arriviez à vous faire une petite idée. Alors imaginez New York, tous les clichés sur son glamour, sa beauté et son gigantisme... Ben c'est encore mieux que ça ! Malgré le jet-lag et le mal de crâne, je crois que je suis en train de tomber amoureuse...