28.03.2008

I love New Yorkers

Pourquoi j'adore les New Yorkais ?

Pour ça

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(oui je sais Angel l'a mis aussi dans son blog mais je te ferais dire que j'habite à 2 blocs de Bryant Park)

(et vu le prix des loyers, je crois que toute video filmée là bas m'appartient un peu de droit...) 

23.02.2008

Lexique new-yorkais 2

Zagat : Petit guide rouge à 15 $, sorte de Gault et Millaut local. Les restaurants et lounges affichent fièrement le panneau "zagat survey" si ils ont obtenu un commentaire enthousiaste de ce qui est considéré comme la bible des endroits où sortir à New York.
Pour se la jouer "New Yorker" : A utiliser pour se la raconter devant sa bande d'amis "Et l'autre soir on a été diner dans ce petit restau de West Village, il est Zagat-rated (comprendre recommandé par le zagat)".
Encore plus private ? Ne pas dire Zagat mais "the Devil’s Dictionary”, référence à Bret Easton Ellis dans "Luna Park" (ahahah trop la classe je sais)

Soldes : A New York y a des soldes partout. Et TOUTE l'année. Chez Bloomingdale's, la robe passe ainsi de 560 à 430 $. OH MON DIEU ! Tu te rends compte ? C'est une affaire.
Pour se la jouer "New Yorker" : Ne surtout pas faire les soldes de Thanksgiving, dits "Black Friday Sales". C'est la mort de ton body écrasé par une meute de shoppers sanguinaires assoiffés de bonnes affaires.

Videur de boite de nuit
: Souvent noir et baraqué, le videur de boîte de nuit est un connard. Je ne dis pas ça par ressentiment, je n'ai encore été refoulée d'aucune entrée de boîte de nuit (trop la classe je sais). Devant les clubs les plus courus de la ville, on observe parfois une queue interminable, et le videur exerce alors son pouvoir de connard. Pour en avoir discuté avec l'un d'eux (et avoir souvent observé le manège), j'ai pu établir la topographie du tri à l'entrée d'une boîte de nuit new yorkaise :
Tu es un mec seul (pire, une bande de mecs seuls) ? Tu ne rentres pas.
Tu es une fille moche ? Tu ne rentres pas.
Tu es  mal habillé ? Tu ne rentres pas.
Tu es dédaigneux avec le videur ? Tu ne rentres pas.
Tu es amical avec le videur ? Tu ne rentres pas.
Tu essayes de passer devant tout le monde dans la queue ? Le videur te renvoie à l'arrière (et accessoirement tu ne rentres pas)
Tu attends sagement ton tour comme un con dans la queue ? Tu continueras d'attendre comme un con jusqu'à ce que tu ne rentres pas.
Méprisant, le videur va volontairement t'ignorer quand tu attends à l'entrée. Si par grande bonté, il te laisse entrer, il te dit d'un ton glacial de te bouger le cul et de franchir la porte, mais montres ton I.D d'abord. Le pire ? Si tu parviens à entrer, tu ne peux t'empecher de ressentir de la gratitude pour ce connard. Et parce qu'il t'a choisi, presque de l'amour. Il reste cependant un connard.
Pour se la jouer "New Yorker" : Pas forcément réussir à entrer, de nombreux New Yorkais se plaignent d'être refoulés des night-clubs de leur propre quartier...

Grand appartement : A Manhattan, comprendre "placard avec vue sur le mur d'en face". A Brooklyn ou dans le Queens, comprendre "appartement de taille normale mais je me tape 45 minutes de métro le matin et le soir".
Pour se la jouer "New Yorker": Réussir à trouver un appartement en un mois seulement.

Hot-dog : Vendu dans la rue, le hot-dog new yorkais semble faire partie de la ville au même titre que la statue de la liberté.
Après y avoir gouté, on se demande bien pourquoi. Préparé sur une carriole branlante d'où s'échappent des effluves grasses, le hot-dog se compose de pain et de saucisse, avec parfois du chou, de l'oignon et du relish (sorte de cornichon doux haché). Au final tu te retrouves avec l'impression de déguster du papier mâché tiédasse, que l'ajonction de ketchup et moutarde ne parvient pas à relever. Non seulement c'est pas bon mais en plus y en a pas beaucoup, ce qui revient cher au niveau du rapport quantité-prix.
Pour se la jouer "New Yorker": Ne pas en acheter. Eviter également les bretzels trop salés et les kebabs trop gras. Préférer une soupe ou une salade dans un snack.

Le chocolat : Dégueulasse. Hershey's semble avoir le (quasi) monopole. Son chocolat ressemble à de la sciure mélangée à de l'arôme artificiel de cacao, et pour ce que j'en sais, ça pourrait être le cas.
Pour se la jouer "New Yorker": Acheter des ferrero, des kinder, ou aller chez Dylan's candy bar (la boutique de la fille de Ralph Lauren, sur Midtown East. Tous les gosses de riche viennent y célébrer leur anniversaire).

Craigslist : En fait Craigslist est un site web de San Francisco à l'origine, mais indispensable dans les grandes villes américaines ergo indispensable à New York. Chacun peut poster pour vendre ses objets, proposer ses services, rechercher l'âme soeur. Même les fous. Même les paumés. Même les pervers.
Surtout ces trois catégories en fait.
Sur Craigslist tu peux trouver un appart, une coloc, un appareil photo, de la bière, un cours de macramé, un canapé pour tes soirées devant la télé, un vagin pour tes soirées de célibat, voire un canapé en forme de vagin pour tes soirées de célibat devant la télé.
Pour se la jouer "New Yorker" : Tout le monde trouve son appartement par Craigslist. C'est d'un commun. Il est tellement plus hype de raconter à ses amis comment on a recontacté ce barman super mignon de l'autre soir qui nous a listé dans les "missed connections" tellement il voulait nous revoir.

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Voici le vagina couch. Il est à vendre. Mais si personne ne l'achète, son propriétaire est prêt à le donner. OH MON DIEU ! Encore mieux que les soldes chez Bloomingdale's.

18.12.2007

Lexique new-yorkais 1

Je me suis dis, tu vois, je suis à New York, alors parlons de New York. Ca me fera des souvenirs et te permettra de pouvoir à ton tour te comporter comme un vrai New Yorkais (a New Yorker en anglais) et d'avoir la classe internationale pour pouvoir te la jouer au Leader Price de Montigny le Bretogneux. Donc voici une série avec des vrais morceaux de mon expérience new yorkaise dedans. Un lexique qui va s'enrichir au fil des mois passés ici...


Métro : Moyen de transport le plus pratique pour se déplacer à New York, surtout en hiver (voir "froid"). Plus vétuste que le métro parisen (les wagons semblent en fer-blanc), il est aussi plus sale. Les lignes vont globalement du nord au sud de Manhattan, et du Bronx ou du Queens (nord) à Brooklyn (sud). Contrairement au métro parisien, il est très dur de passer rapidement d'une ligne à l'autre sans ressortir. A noter que même au bout de plusieurs années à New York, il est impossible à un étranger de comprendre quelle ligne dessert quelle station, sachant que plusieurs métros utilisent la même ligne, que certains sont locaux (desservent tous les arrêts) et d'autres express (ne s'arrêtent qu'aux stations majeures). La ligne rouge par exemple permet de prendre le métro 1 (local) et les métros 2 et 3 (express). Cependant la semaine certains locaux deviennent express entre midi et 21h. Le week-end, certains métros express deviennent locaux et certains locaux ne fonctionnent pas. Comment le savoir ? Tu ne peux pas. Tu le découvres sur le quai quand tu as de la chance, ce qui entraine reflexion intense mit course essouflée pour descendre les escaliers et changer de quai en vitesse. Les jours de loose, tu te rends compte que tu as pris un express lorsque le métro passe devant la station où tu es censé descendre (et les trois stations suivantes) sans s'arrêter, ce qui entraine reflexion intense mit prière pour que ce fucking subway stoppe enfin.
Pour se la jouer "New Yorker" : s'amuser à chercher du regard les rats qui courent la nuit entre deux rails. Un jeu qui débouche sur une véritable addiction, puisque je m'estime désormais frustrée si je n'ai pas vu mon rat quotidien.

Froid : le froid new yorkais, c'est pas un froid de fillette, même si ce n'est rien face au froid de Montréal par exemple. Un froid glacial et sec, donc à peu près supportable tant qu'il n'y a pas de vent. Mais au bout d'un quart d'heure, tu choppes des engelures de fesse et tes doigts sont devenus des mister freeze malgré les gants en peau de bébé phoque que tu as acheté à un vendeur de rue pakistanais. Avec le contraste du chauffage, tu as la morve qui dégouline chaque fois que tu rentres dans un batiment.
Pour se la jouer "New Yorker": Tu fais genre t'en as rien à foutre et tu continues à vivre normalement, comme tous les New Yorkais, alors que tu ne rêves d'une chose, être au chaud sous la couette.

La New Yorkaise : Une fille plus grande que toi, plus mince que toi, avec des cheveux longs et brillants, qui s'habille à la dernière mode. Ses activités favorites semblent être d'aller à la salle de sport pour modeler son corps, faire du shopping pour habiller son corps et aller en boîte pour montrer son corps. A noter que dans une ville qui concentre plus de filles célibataires que de garçons, la concurrence est très rude, d'autant plus que les New Yorkaises semblent programmées pour chercher le mari parfait dès qu'elles atteignent 21 ans.
Pour se la jouer "New Yorker": D'aucuns (d'aucuns c'est moi) les surnomment "les mutantes" pour leur capacité à s'habiller en mini jupe même par -5°. Est ce un sacrifice sur l'autel de la drague ou de la stupidité causée par le gel de leurs neurones, c'est ce que je m'emploie aujourd'hui à déterminer.

Starbucks : Ehontément cher. Très bon marketing surfant sur la vague du hype (ils diffusent des musiques itunes). Résultat, on se sent New-Yorkais rien qu'en marchant d'un pas affairé sur Broadway avec son gobelet à la main. Eviter le café simple, dégueu, et essayer un frappucino glacé ou un caramel macchiato. A noter :
Internet y est payant (enfoirés).
Il existe des "temporaires", pumpkin' spice pour Halloween ou eggnog à noël.
La plus petite taille est la "tall".
Il faut ici rétablir une vérité : Non il n'y a pas un Starbucks à chaque bloc de rue. Il faut parfois marcher DEUX blocs pour en trouver un.
Pour se la jouer "New Yorker" : A utiliser comme toilettes publiques. Pratiques, fonctionnelles, nombreuses et (souvent) propres, les toilettes sont pour moi le véritable atout du Starbucks, au delà du café pas bon et des mélanges trop chers.

Alcool : n'est consommable en théorie qu'à partir de 21 ans. Cependant, certains endroits ne demandent pas de pièce d'identité. L'alcool est très cher (entre 12 et 16 $ le verre !), mais les quantités sont souvent plus importantes qu'en France.
Pour se la jouer "New Yorker" : Ne commandes pas un cosmo à New York Grand Dieu ! C'est très tourist.

Supermarché : Cher. Sauf peut-être Wal-Mart, mais cette enseigne est interdite d'installation sur l'île de Manhattan. A noter que la nourriture s'achète au supermarket, mais pas les produits d'entretien ou du corps. Ceux-ci s'achètent au drugstore (pharmacie américaine), qui vend aussi des médicaments, des vitamines et un peu de nourriture.

Big Apple : Surnom de New York, avec "Gotham City", "The Empire State" et "The city that never sleeps".
Pour se la jouer "New Yorker" : Ne surtout pas utiliser ces surnoms, qu'un New Yorkais ne dira jamais. Cela fait so tourist (air méprisant)

02.12.2007

J.F recherche appartement (part 2)

La première semaine je n'ai eu aucune réponse à mes mails. Les trois autres semaines, j'ai eu de plus en plus de réponses, puis de plus en plus de rendez-vous pour des entretiens. Mais toujours infructueux.
J'ai rencontré des Chinois, des Coréens, des Italiens, des Anglais, des Américains. Des garçons, des filles, des jeunes, des vieux. Des gens avec des chiens, des gens avec des chats, des gens avec des problèmes psychologiques. Un rasta qui pour tout entretien m'a montré des photos de ses gosses et m'a dit que j'avais une très belle aura, il pouvait la voir.

La palme revient tout de même à Raymond. Enfoiré Sacré Raymond. Une annonce de rêve, 800 $ dans West Village. j'obtiens un rendez-vous dans un Starbucks, et rencontre un type d'une cinquantaine d'années. Au bout de quelques minutes d'une discussion très sympa, Raymond me dit que "ça ne va pas être possible". Je demande pourquoi, il répond que je suis trop jolie. J'objecte qu'il a une copine, il me dit que oui mais qu'il sera stressé de me savoir dans les parages car il risque d'être tenté. Puis Raymond me demande si je sais faire les massages car "il pourrait peut-être me prendre à l'essai mais du fait que je serai là, il sera stressé et aura besoin d'un massage quotidien". Mais en tout bien tout honneur, sans sexe. Et mon cul c'est du poulet ? Je réplique que je ne fais pas ce genre de choses, et suis obligée de partir lorsque Raymond m'annonce que si je ne le masse pas quotidiennement, il se verra contraint de me mettre une fessée, toute nue sur ses genoux. Sacré Raymond ! Sale pervers va...

J'entame ma cinquième semaine, le moral au plus bas. Fatiguée de n'avoir aucun résultat. Et puis une des personnes que j'ai rencontrée me veut. Comme roomate. L'appart est moche, très vieux, très mal foutu (une chambre minuscule, une déco à chier et la salle de bain quasiment dans la cuisine...). Mais je ne peux pas me permettre de refuser. j'ai le couteau sous la gorge. Ca fait plus d'un mois que je loue ma chambre dans l'Upper West Side (grâce à mon charme naturel ma détresse apparente, mon hébergement de 2-3 jours a été prolongé) et il faut que je sois partie le 1er décembre au plus tard. Je dis à la fille que je donnerai une réponse définitive le vendredi de Thanksgiving. Je visite deux autres appartements entre temps, les deux fois on me veut comme coloc (ils se décident tous en même temps... on se foutrait pas un peu de ma gueule par hasard ?) mais c'est moins bien situé et plus cher que la fille de l'appartement moche et vieux. Le vendredi, je me prépare à aller la voir avec l'argent, la mort dans l'âme. Presque par automatisme, je visite un dernier logement. Et là... c'est celui là que je veux. Je choppe la locataire entre 4 yeux, je lui explique que je n'ai pas de temps à perdre, il faut que je donne ma réponse pour un autre endroit le soir même, mais que je préfère celui là. Je reste calme, presque indifférente, tout en lui mettant la pression. Elle me dit qu'elle a d'autres visites à faire, je n'ai qu'à la rappeler plus tard. Ce que je fais. Là elle m'annonce d'un ton ennuyé qu'il lui faut du temps pour réfléchir et qu'elle me donnera une réponse demain. Je. Ne. Peux. Pas. Attendre. je me concentre pour être persuasive et annonce que je peux débarquer dans une demi heure avec l'argent de la caution. Finalement elle capitule, on signe et elle m'annonce que ça tombe bien, je suis celle qu'elle a préféré. Dans la foulée j'appelle la fille de l'appart moche pour annuler, et je vais boire un coup avec des amis pour fêter ça.

Donc voilà lecteur. Merci pour tes encouragements et ton soutien dans les moments difficiles. Tu seras donc content d'apprendre que j'emménage le 15 décembre dans une chambre à 900 $, avec coloc sympa et murs en briques rouges de surcroit.
Le meilleur ? Devine où j'habite ?

Sur Time Square

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(Mouahahahahahahaha) (<=== rire de triomphe et de joie débordante)

30.11.2007

J.F recherche appartement (part 1)

Bon alors comme tu le sais j'étais un peu en galère d'appartement depuis mon arrivée. Pour te situer le truc, à mon arrivée à New York, j'ai débarqué chez une amie d'amis de ma mère, que je ne connaissait absolument pas. Appartement magnifique, dans l'Upper West Side. A 2 blocs de Central Park, immeuble avec doorman à l'entrée pour te saluer et t'appeler un taxi, doorman dans l'asenceur pour porter tes paquets et appuyer sur le bouton de ton étage (c'est über fatigant d'être riche à New York, faut pas croire...). Je pose ma valise dans ma chambre, et là on m'annonce directement la couleur : il faut que j'ai trouvé un autre endroit d'ici 2 ou 3 jours. Panique.
Bon tu vas me dire, 2-3 jours, c'est suffisant pour trouver une chambre, même provisoirement. Et là je te réponds oui.

Mais pas à Manhattan.

Mettons nous en situation. Manhattan est le point névralgique de la 3ème ville la plus chère du monde. Les gens se battent pour habiter là. A chaque fois que j'ai répondu à une annonce, nous étions entre 70 et 200 à avoir envoyé une réponse. Et puis je partais avec des handicaps : étrangère, moins de 21 ans, et un budget maximum de 950 $. Oui parce qu'il faut que je te parle des prix.

 

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(clique pour agrandir ce sublime dessin réalisé par moi même) 

Comme tu peux le voir sur la carte, Manhattan c'est grosso modo 3 zones :

uptown : Columbia University, Harlem, Spanish Harlem et les Heights. Pour simplifier, c'est l'endroit le moins cher de l'île mais le plus "craignos"

midtown : Encadrant Central Park, l'Upper East Side (avec la 5eme Avenue, équivalent du 16ème arrondissement parisien) et Upper West Side (là où j'habite, je sais c'est trop la classe). L'Upper East est le quartier des milliardaires, l'Upper West celui des millionnaires. Il va sans dire que plus tu te rapproches du parc, plus le prix monte.
Midtown, c'est aussi le bas de Central Park et Columbus CIrcle.

downtown : La partie la plus célèbre, et la plus chère. Très variée, elle va de Hell's Kitchen (quartier de Time Square) à Soho, Little Itlay ou encore Wall Street.

Dans le quartier le moins cher, au dessus de Harlem, tu peux trouver une chambre à environ 500 $. Mais, sans trop caricaturer tu habites alors à une demi heure en métro du centre de Manhattan, et ton voisinage se compose de dealers, drogués et membres de gang. C'est "vivant et coloré" mais il faut éviter d'y trainer tard le soir...
Midtown les prix oscillent entre 1000 et 1600 $, augmentant si l'immeuble propose salle de gym, doorman et autres options nécessaires à la vie new yorkaise.
Downtown, les prix diffèrent selon les quartiers. Le quartier le moins cher est le Lower East Side et Chinatown, où tu trouves une chambre minuscule entre 800 et 1100 $. Le plus cher est mon coin préféré, West Village, où le moindre cagibi se négocie entre 1700 et 3000 $ par mois (3000$ pour une simple chambre en colocation !). Soho, Hell's Kitchen ou Wall Street se situent entre les deux, entre 1200 et 1700 $ en moyenne.

Mon problème, c'est que je voulais vivre downtown avec un budget s'approchant d'uptown. Autrement dit, trouver une chambre à moins de 1000 $ dans des quartiers à plus de 1200 $. Donc forcément mon choix était restreint. Je te passerai sous silence le mois de recherches infructueuses, à guetter sur craigslist l'annonce parfaite et prier pour recevoir un mail en retour avec une date pour un rendez vous. 

J'ai tout fait. Les "open houses" dans les rues de Chinatown aux effluves de poissons et de pâte de riz. Les entretiens dans des salons minuscules du Lower East Side,  à essayer de convaincre un ou plusieurs parfaits inconnus que j'étais la roomate idéale. Les logements sans salon ni cuisine. les chambres sans fenêtre, situés dans l'entrée de l'appartement. Les cages d'escalier pleines d'ordures, les stations de métro lépreuses où je m'assoupissais après deux entretiens infructueux.
Mais tu sais quoi ? Je ne regrette rien. Certes je n'ai pas profité beaucoup des divertissements qu'offrait la ville. Mais au final, marcher seule et dans le froid, la nuit, le stress constant, la peur au ventre d'arriver en retard, la peur au ventre de rater l'entretien, de ne pas être retenue, la peur au ventre de ne rien trouver, ce fut précieux. Sur le moment, c'était horrible, mais sans m'en rendre compte, cela m'a permis de découvrir New York. Le vrai New York, pas celui des touristes, mais celui de ceux qui y habitent, celui de ceux qui galèrent et qui s'accrochent.  C'est une partie de New York qu'on ne pourra pas m'enlever.

27.11.2007

Misunderstanding (edit inside)

Conversation entre le doorman de mon immeuble et moi (je te la fais en français c'est plus simple) :

Situation : intérieur jour, ascenceur de mon immeuble. Lui en uniforme, le regard lointain et le torse bombé, moi en jeans, l'oeil hagard et la tête baissée. Bref, lui, doorman dans toute sa splendeur, conscient de son statut et de son travail (m'ouvrir la porte et appuyer sur les boutons de l'ascenceur pour que je n'ai pas à le faire...trop fatigant pour moi tu comprends...). Moi ne me donnant aucunement la peine de montrer un peu de la french touch dans toute sa splendeur.

Lui (grand sourire) : "Bonjour. Comment allez vous ?" 

Moi (air poli) :"Bien merci et vous ?"

Lui : "Bien merci."

Silence.

Lui (cherchant à engager la conversation) : "Dites, vous fêtez Thanksgiving en France ?"

Moi :"Ben...non..." (enfin je veux dire merde, relis tes livres d'histoire... On n'a pas eu d'Indiens qui sont venus nous filer de la dinde à ce que je sache)

Lui (décontenancé) : "Ah..." 

Silence dans l'ascenceur.

Lui (ton méfiant) : "Mais alors...euh...vous ne fêtez pas Noël non plus ?"

Moi (air étonnée) : "Ben...si..."

Lui (décontenancé) : "Ah..."

Silence dans l'ascenceur. Il fronce les sourcils.

Lui (ton inquisiteur) : "Mais vous fêtez Noël comment ?"

Moi (ton poli) : "On va à la messe de minuit, on mange en famille, on ouvre les cadeaux autour du sapin..."

Son visage s'éclaire.

Lui (soulagé) : "Ah ! Comme nous quoi !"

 J'acquiesce, saisissant soudainement la portée historique de cette conversation. Une petite discussion pour moi, une grande avancée pour la vision de la culture française dans la tête de mon doorman...

 

Edit : Merci à Djib qui fait ma pub sur le blog de Krazy Kitty. SI tu veux je t'engage comme attaché de presse (rémunération possible à base de peanut butter et relish...) 

 

01.11.2007

Trick or treat

Je ne sais pas pour toi cher lecteur mais personnellement il suffit que l'on prononce devant moi le mot "halloween" pour que me reviennent en mémoire le souvenir de l'attente fébrile, la joie d'enfiler un costume et d'aller sonner aux portes pour réclamer des friandises, tout en prenant soin de cacher mon copain E.T sous un drap pour ne pas que ma mère s'en rende compte. C'est là que je me rends compte que c'est assez étrange comme souvenir, et qu'en y réfléchissant bien je n'ai en fait jamais fêté halloween.

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Pas trop le temps de vous narrer mon expérience de la parade d'halloween, hé oui y en a qui bossent ici (ou font semblant) mais voici quelques impressions en vrac :
Rendez-vous avec Carter sur la 6th Avenue, je manque mourir écrasée par la foule dans le métro, coincée entre un gladiateur et un maton de pénitencier. Une demi-heure pour trouver un point de rencontre et forcément quand on arrive y a tellement de monde qu'on ne voit rien alors je dis à Carter que je vas m'approcher des barrières pour pouvoir prendre des photos et j'arrive à me faufiler et en me hissant sur la pointe des pieds, plus pivot latéral gauche et dévissage de cou, ô miracle je parviens à apercevoir un bout des jambes des gens qui défilent, là juste en bas à droite de mon champ de vision, si si je te jure je viens de voir passer des loups-garous, à moins que ce soit des squelettes. Ou peut-être des vampires. De toute façon ils portent tous des baskets alors... Je commence à comprendre qu'il faut se battre pour espérer profiter du spectacle donc je me mets en condition (je fais craquer mes doigts et rentre ma chemise dans mon jeans) et en enfonçant mon coude gauche dans une abrutie déguisée en sorcière et mon genou droit dans un papi déguisé en papi, je me colle contre une fille genre on pourrait faire l'amour tellement on est proche, elle-même collée à la barrière et ça y est j'y suis je suis trop forte quand même et je m'auto-congratule jusqu'à ce que je remarque un délicieux fumet de crottin hum tiens c'est bizarre y a pas de chevaux ici pourtant et en fait non c'est juste ma nouvelle siamoise qui sent le poney. Et là (tatadam !) la parade commence et les enfants c'était de la folie. Y avait des squelettes, des putes, des danseurs déguisés en ninjas, des putes, des zombies qui ont refait toute le chorégraphie de "Thriller" de Michael Jackson, des putes, Bush et des prisonniers de Guantanamo et des putes . Y avait des gens déguisés en poubelle, en dragon, en you tube (indescriptible), en spiderman et en cow-boys. Y avait une blonde en mini jupe en cuir qui traînait attachées à une corde deux poupées-nourrissons et qui proclamait qu'elle était déguisée en Britney Spears. Tous ces adultes qui sautaient dans tous les sens, qui s'éclataient parce que ce jour là dans l'année ils pouvaient se comporter comme des enfants à nouveau, c'était tellement joyeux que je ne pouvais m'empêcher de rire comme une débile. Enfin d'essayer de rire en apnée plus exactement, pour éviter de respirer les effluves de poney. Puis la parade s'est terminée et je me suis rendue compte que j'avais perdu Carter ("on est en train de le perdre ! Vite on fait NFS, chimie, iono, et on charge à 300 !") alors j'ai rejoint Croisine et nous avons fini la soirée au Pravda, le meilleur bar à vodka de la ville. C'est au moment de rentrer chez moi que je me suis souvenue des friandises que le doorman de mon immeuble m'avait donné et j'ai terminé le trajet à machouiller un twix à moitié fondu, coincée entre une sorcière et un Super Mario.

28.10.2007

Halloween party

les jeunes on sait que Halloween c'est bientôt. Mais ici on fait Halloween en plusieurs fois et samedi soir y avait une soirée que Croisine elle m'a dit ben viens avec nous et moi vous me connaissez j'aime l'aventure alors j'ai dit "Ouiiiii !" et puis après elle m'a dit que c'était une soirée déguisée et là j'ai dit "euh... Oui...". Donc y a une semaine on a fait du repérage après le brunch dominical et avant la promenade dans Central Park oh que c'était beau on se serait crues dans une pub avec tous ces jeunes gens vêtus de polos Ralph Lauren riant sur la pelouse éclaboussée de soleil et s'ébattant avec leurs chiens tandis qu'au loin s'envolaient des oiseaux.
On est rentrées dans un magasin plein de costumes et là ça a été la grosse rigolade parce qu'on a vu des trucs sympa : y avait le déguisement d'oeuf au plat-bacon, celui de gynécologue, celui de gardien de prison et celui de Jésus-Christ. Pour dénicher un costume de fille c'était plus simple : y avait l'infirmière-pute, la cheerleader-pute, la nonne-pute, la marquise-pute, la diablesse-pute et enfin la pute-pute. Y avait pas un costume qui descendait plus bas que 10 cm au dessous du nombril et je ne te décris même pas le décolleté. Croisine et moi échangeons un regard ahuri et elle fronce les sourcils. "Mais pourquoi toutes les filles s'habillent en pute pour Halloween ?". "Pour avoir des bonbons ?" suggère-je d'un air pensif. Finalement Croisine s'est rabattue sur un costume de Tinkerbell (la fée clochette, pas le chihuahua de Paris Hilton), Rachel sur un truc de mondaine des années 20 et moi...ben je trouvais rien. Donc hier c'était un peu la panique dans ma tête pour savoir comment m'habiller et j'avais la solution de facilité qui était de mettre une jupe et de dire que j'étais déguisée en fille (oui parce que ceux qui ne me connaissent pas ne savent pas que je ne porte une jupe que si j'y suis forcée, genre choisir entre mettre une jupe et manger des brocolis... le reste du temps, c'est jeans et baskets merci bien), mais je me suis dit que les gens n'allaient pas saisir toute la subtilité du truc donc au final j'ai acheté des oreilles de chat et me suis fait des moustaches. Oui c'était minimaliste mais pour faire bonne mesure j'ai quand même mis la jupe (comme ça 2 déguisements en un hop je suis trop maligne moi) et là un détail est apparu, c'est que jupe et baskets c'est un peu moche quand même. Heureusement que j'avais prévu le coup et que j'avais une paire de chaussures noires genre ouvertes avec des strass et même des talons.
Donc me voilà partie, la démarche vacillante comme une vieille prostituée saoule qui rentre du bordel, parce que ce que tu ne sais pas toi le garçon qui me lit, c'est qu'au palmarès des tortures pour filles, marcher avec des talons hauts arrive en tête, juste après "s'épiler" et "avoir ses règles". Mais bon je suis une warrior, et je marche drapée dans ma dignité aussi chancelante que ma descente des escaliers du métro, pour rejoindre les filles à Columbus Circle, d'où nous nous acheminons vers un appartement d'un ami de Rachel, pour un petit before. On glousse en faisant des jeux de mots sur nos déguisements, et comment je vais pouvoir draguer les garçons en sortant que je suis "the fucking hot cat on the fucking thin roof". J'ai la plante des pieds chauffée à blanc et les ampoules se forment mais mince c'est Halloween qu'une fois par an quoi !

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 Arrivée chez le garçon, une vue à couper le souffle sur la skyline illuminée et c'est là que je me dis que ça valait le coup de venir dans cette ville malgré les côtés chiants de l'installation* et je me dis aussi que toute cette beauté ça donne envie de rester là comme une débile à fixer béatement la baie vitrée et c'est aussi là que je me dis que c'est bien beau la vue mais je crois avoir entendu le bruit caractéristique de l'ouverture d'une bouteille de vin alors je retourne m'assoir et attrape un verre. J'écoute les discussions en français-anglais-japonais en plongeant éhontement ma main dans le paquet de chips et celui de crunch (oui alors là tu dois te dire "Ouah trop forte la fille elle est trilingue c'est un génie !" mais en fait non je ne parle que 2 mots de japonais et pour l'anglais disons à l'instar d'un groupe sur facebook que "alcohol improves my foreign languages"...). Puis on se bouge pour aller à la soirée, un truc dans un loft immense (mais vraiment immense) dans le Queens, on saute dans des taxis (ma première balade en taxi new-yorkais youhou !) et on monte à 5 dans le taxi et le chauffeur nous sort en anglais que ce sera plus cher parce qu'il y a une personne en trop. On demande plus cher comment ? et il sort que ce sera le double et là Croisine sort en français un truc que la décence m'interdit de répéter mais qui signifie en gros "Si ce connard croit qu'on va payer le double il se fout de notre gueule !". J'opine de la tête et Rachel balance en anglais qu'on ne payera pas le double et nous reprenons notre conversation sauf que Croisine m'enfonce son coude dans la cote et je la regarde perplexe jusqu'à ce qu'elle me chuchote : "Tu entends ce que le chauffeur écoute comme radio ?". Je tends l'oreille et me rends compte qu'un flot d'informations en français émerge des haut-parleurs. Je me dis que c'est cool d'entendre les infos de la mère patrie et je me tourne vers Croisine pour la remercier mais en voyant son expression je me rends compte que ce n'est pas ça.Elle me fait signe de regarder la carte du chauffeur et y a marqué "Côte d'Ivoire" et c'est là que je comprends. Hum. Fuck. Croisine me chuchote en lançant des regards gênés vers le chauffeur "Tu crois qu'il m'a entendu quand je l'ai traité de connard tout à l'heure ?". Je dis non mais je pense oui alors pendant le reste du trajet je m'extasie sur cette balade si chouette dans ce taxi si chouette huhum histoire que le type soit moins énervé et ne nous fasse pas payer plus à l'arrivée.
Finalement on arrive et après une petite frayeur à l'entrée (je n'ai pas 21 ans et les filles craignaient que je ne puisse pas rentrer mais en fait tant que tu es déguisée et que tu payes ils s'en foutent), on arrive dans le loft, accueillies par une odeur de beu et c'est un peu l'antre de l'enfer tous ces gens serrés qui prennent d'assaut l'open-bar et j'ai un type déguisé en bonne soeur qui me souffle son haleine fétide au visage et une fille-vampire qui me casse deux ou trois côtes mais finalement je ressors avec des verres plein de je-ne-sais -pas-quoi mais c'est de l'alcool alors on boit. Après, les souvenirs sont un peu plus vagues, on danse, on se pose, on re danse, je discute avec un marin, un indien que j'appelle "Village People", un cow boy, le type en bonne soeur qui nous suit partout et un des garçon rencontré au before, que j'appelle Carter parce qu'il est déguisé en chirurgien (oui quand j'ai bu je donne un peu des surnoms aux gens et tu noteras l'originalité débordante). Finalement je décide de rentrer, il est déjà 4h30 alors je dis au revoir à Croisine (Rachel est déjà partie) et on décide de cloturer ces adieux par une visite commune aux toilettes. Et là je dis ERREUR. Parce que y a au moins 300 personnes qui sont passées au toilettes avant nous (y avait vraiment beaucoup de monde à cette soirée) et le sol c'est un peu une pataugeoire d'alcool, d'eau (Oh mon Dieu faites que ce ne soit que de l'eau) et de bouts de papier toilette. Et si tu te souviens bien, j'ai ce soir les chaussures de la mort qui tue qu'elles font trop mal mais surtout qu'elles sont toute ouvertes et qu'elles prennent l'eau. Raaaaaah ! Fuck. J'entends Croisine qui me sort de l'autre côté de la porte "Maud je ne peux pas faire pipi je n'y arriverai pas c'est tout bouché dans la cuvette !" et j'essaye de m'évader de mon corps pour ne plus penser que je suis toute déshydratée par la gueule de bois naissante tandis que mes pieds prennent un bain dans le marécage des toilettes où 20 personnes attendent qu'on libère la place. Je branche le pilote automatique, soutiens en rigolant à Croisine qu'elle va y arriver, vas-y tu peux le faire et je fais un grand sourire à Carter qui nous attends à la porte avec un air craintif tout en essayant de surfer sur la mare d'eau et éviter de m'étaler devant les zombies et autres loup-garous.. Finalement on sort, je cherche une station de métro dans ce foutu Queens mais y en a pas alors je monte dans un taxi avec Carter et il me dépose à une station dans l'East Side. Je descends les escaliers du métro d'une démarche encore plus chaloupée qu'au début de la soirée vu qu'entre temps mes ampoules ont éclaté et d'autres sont en train de se former sur le cadavre de celles qui les précédaient. Aïe. Fuck. Je m'assois sur les marches et attends le wagon sauveur. Il est 5 h du matin. J'attends. Longtemps. Finalement je décide de prendre un taxi. Le problème c'est que je n'ai plus de monnaie. Donc il faut que je trouve un distributeur d'argent. Puis un taxi. Je me traîne sur la 5th Avenue en pleurant de douleur. Connerie de chaussures de merde. Je rampe sur mes moignons, faisant un détour pour éviter Central Park (parce qu'il parait que Central Park la nuit, c'est le mal) et je marche.
Je me traine sur toute l'avenue en encourageant mes pieds sanglants à ne pas m'abandonner, et là, au moment où j'ai perdu tout espoir et me dis que je suis bonne pour marcher pieds nus sur 20 blocs pour rentrer chez moi, je le vois. Irisé par un halo de néons. N'attendant que moi. Un distributeur "Bank of America". Je retire fébrilement 60 euros, en essayant de ne pas penser à la commission prélevée, vu que je n'ai pas encore de carte bleue pour mon compte aux Etats-Unis donc je retire de mon compte en France, et j'arrête un taxi en utilisant la méthode toujours efficace du chancelement-presque-chute-sous-ses-roues. Les pieds un peu comme du steak haché mixé avec de l'eau boueuse, je me vautre dans les sièges et m'assoupis presque, jusqu'à ce que je sois réveillée de ma torpeur par un texto de Carter "jesper ke t bien rentré".

24.10.2007

Straight to the bank

Aujourd'hui je suis allée ouvrir un compte en banque (j'ai une vie über passionnante moi). Le problème c'est que je n'avais ni social security number, ni justificatif de domicile, bref c'était un peu la loose. En cherchant sur internet, je découvre qu'il y a une "Société Générale" (ma banque en France) à New York. Je m'y rends donc d'un pas allègre, et comme à chaque fois je marche, je marche, et puis toutes les banques sont sur la 6th av. (Avenue of the Americas) alors je remonte toute la rue jusqu'à trouver l'immeuble gigantesque censé abriter des firmes multinationales, clubs privés et restaurants. Et ma banque. Je rentre, à peine intimidée par le hall gigantesque et je me dirige vers le desk où une armée de filles en uniforme piaille au téléphone. Je demande où trouver les bureaux de la SG, une des filles relève la tête et là elle me dit de traverser le hall, prendre à droite puis tout droit puis monter et prendre à gauche puis tout droit et se diriger jusqu'au téléphone marqué "SG" et composer le 6000 et attendre qu'une standardiste décroche, pour pouvoir demander un rdv qui me permettrait de peut-être rencontrer un des responsables. Je la regarde d'un air ahuri, et elle me regarde en retour en fronçant les sourcils alors j'en déduis que je suis censée dégager et je pointe un doigt vers le hall en bafouillant "par là ?" et elle me répond vaguement d'un signe de la tête.
Bon je m'encourage dans ma tête, je peux y arriver c'est pas dur, alors j'inspire une grande bouffée d'air en prenant un regard résolu et j'y vais. Je suis les instructions et j'ai un peu l'impression d'être dans "Fort Boyard" mais sans une équipe d'abrutis ni Olivier Minne, ce qui n'est pas plus mal maintenant que j'y pense, et je me vois courir dans les couloirs et agripper la bouteille d'eau que tient ce jeune cadre dynamique que j'aperçois au loin et m'en asperger le visage tout en continuant ma course et là Passe-Partout qui surgit d'un couloir et essaie de me montrer que j'ai déjà 3 clés avec son geste ridicule de la main et je lui file un coup de pied vicieux et le piétine en hurlant "Dégage con de nain !" et je pique un sprint pour arriver au téléphone avant une vieille peau en tailleur qui chancelle sur ses escarpins. Mais en fait non, je marche d'un pas nonchalant et j'arrive finalement jusqu'au téléphone où je suis obligée de parler à deux standardistes avant qu'on puisse m'expliquer que la SG n'ouvre pas de comptes ici. Je demande si il y a des banques partenaires mais rien.
Mais tu me connais cher lecteur (ou tu devrais), ce n'est pas cet incident mineur qui va m'empêcher de vivre le rêve américain, alors je repars sur la 6th av. d'un pas allègre et je me rends dans la première banque qui me semble familière : HSBC. Je rentre, je demande à discuter avec une conseillère et je lui expose ma situation. Elle me dit qu'elle va voir ce qu'elle peut faire, et me demande ce que j'ai comme pièces d'identité (passeport, driver's license..). Je sors mon passeport, ma carte d'étudiante française et ma carte d'étudiante internationale en ajoutant que je n'ai pas le permis. Elle se met soudain à glapir qu'elle a froid. Surprise, je la fixe, les yeux écarquillés, le corps tendu, prête à m'échapper si elle devient démente ou je ne sais quoi. Elle va chercher un livre et revient s'assoir puis regarde à nouveau mes pièces d'identité. Elle prend ma carte d'étudiante (qui est bleue) et la compare avec la page montrant un permis de conduire français (donc rose). Je soupire. Elle lève les yeux et me sort "Ca ne ressemble pas à un papier français". Je soupire à nouveau et lui explique que ce n'est pas un permis de conduire puisque je n'ai pas de permis de conduire. Elle glapit à nouveau qu'elle a froid. Je la regarde d'un air suspicieux en me demandant si elle ne souffre pas du syndrome de tourette, genre elle va se mettre à éructer "pute !" et "salope !" dans les bureaux feutrés de HSBC mais en fait non. Elle examine à nouveau mes pièces et je sors tous les arguments qui pourraient m'aider à ouvrir ce foutu compte. Au moment où elle me demande pour la 3ème fois si je ne trouve pas qu'il fait froid ici, parce que elle, elle a froid, j'essaie de compatir avec des petits grognements de sympathie, bien que je n'en ai rien à foutre, en me disant qu'avec un peu de chance ça fera avancer mon dossier. Mais finalement elle m'annonce qu'il faut une lettre de mon employeur confirmant que je travaille bien ici et elle verra avec son manager. Je me lève, la remercie, prends rendez-vous pour le lendemain et me casse.
Dans la rue j'essaye de penser à tous ces immigrants qui ont fui les guerres et les famines en Europe et ont lutté pour survivre à NY et je me dis qu'ils ne se seraient pas laissé abattre par une conseillère d'HSBC donc je me traîne d'un pas vachement moins allègre sur cette foutue avenue et je vois une "City Bank" mais il faut faire le tour de l'immeuble pour entrer à l'intérieur et c'est soudain trop d'effort pour moi alors je parcours deux blocs et pousse la porte d'une autre banque. Une demi-heure plus tard, je ressors avec les papiers confirmant que je suis désormais une cliente de la JP Morgan Chase Bank. Je m'auto-congatule et pour me récompenser m'offre un hot-dog que je dévore en remontant vers Central Park et c'est la sortie des bureaux et il y a tous ces golden boys fringants avec leurs costumes à plusieurs millliers de dollars et y en a certains à qui on aurait juste envie d'arracher la chemise avec les dents et les violer sur place, mais je me contiens et m'engouffre dans le métro pour rentrer chez moi.

16.10.2007

Wake up in New York

J'ai mal dormi cette nuit. Pourtant, après la journée de 21 heures que je venais de vivre, je pensais que s'endormir serait une formalité. L'insomnie m'aura au moins permis de constater que l'on nous ment : New York, la ville qui ne dort jamais, s'assoupit entre 2h et 4h du matin, du moins dans l'Upper West Side, sous mes fenêtres.

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Réveil ce matin à 8h, je glande devant l'ordinateur au lieu de sortir. Finalement je me motive pour aller faire quelques courses parce qu'il faut bien se nourrir et que j'ai envie de voir à quoi ressemble un supermarché américain (la dernière fois que j'y suis allée c'était il y a 7 ans et je n'ai pas été plus loin que le rayon des bonbons). J'achète deux tranches de jambon, une brique de lait et des pommes, ce qui me coûte un peu plus de 15 $. Je me retrouve devant les caisses à penser que plutôt qu'un trader, il vaudrait mieux que je tente de séduire un patron de supérette ici...

(...)

Je n'aime pas découvrir une ville en m'aidant d'un guide. Faire tous les endroits dits "incontournables", comme si je parcourais les rayons d'un magasin, ça me fatigue et me déprime. Comme j'ai la chance de pouvoir prendre mon temps vu que je suis à New York pour plusieurs mois, je me contente de prendre mon appareil photo et un plan et je pars à l'aventure. Enfin bon l'aventure, c'est un bien grand mot, le tracé de Manhattan est si simple qu'un gosse de 5 ans peut se repérer. En bref, les avenues vont du nord au sud, et les rues les croisent d'est en ouest.
Je pars du haut de Broadway et je suis la 78ème jusqu'à Central Park. Toutes les descriptions de cet endroit me reviennent en mémoire. Et effectivement, Central Park est une "oasis de verdure et de tranquilité" au sein de la ville. Je croise sans m'étonner joggers, carrioles tirées par des chevaux, rameurs d'aviron sur les lacs et même les fameux écureuils. Rien ne me trouble, c'est comme si j'avais eu ce spectacle sous les yeux toute ma vie. Je ne peux cependant m'empêcher d'être fascinée par le silence, alors que les avenues sont tout près.
Central Park s'arrête au pied des buildings. Alors que l'Upper West Side garde une taille presque humaine, sortir au sud de Central Park permet de plonger au coeur de la ville. j'ai l'impression étrange d'être comme happée par les gratte-ciels. Mais malgré leur taille, ils ne sont pas oppressants, sans doute parce que les rues sont très larges.
J'arrive sur la 5th Avenue, que je descends avant de rejoindre l'Avenue of the Americas. Là encore les clichés ont la vie dure, et je retrouve le souvenir de scènes de films ou de photos que j'ai vues. Les marchands de hot-dogs et bretzels disputent la chaussée aux hommes d'affaire et aux clochards. Je respire l'odeur de la viande grillée mêlée à la fumée des conduits d'aération.
Et je marche. Beaucoup. Au bout d'un moment je me dis qu'il serait bien de regarder mon plan pour voir ou j'en suis. Mais je rejette aussitôt cette idée. Je suis une aventurière des temps modernes, qui foule le bitume chaussée de ses adidas, et non une vulgaire touriste égarée. Donc je la ferme et continue de marcher. Encore. Ca va faire une heure et demi que je marche et j'espère être sur le chemin du retour parce que sinon... Je n'ose pas penser à l'éventualité selon laquelle je me dirigerais vers le Financial Distric mais malgré tout j'engage une conversation avec moi-même, qui tourne rapidement à l'affrontement et finalement je gagne et je m'octrois le droit de regarder la carte. Je suis à nouveau sur l'Avenue of the Americas mais comme j'ai beaucoup tourné, j'en déduis que j'ai réussi à revenir sur mes pas. Je m'auto-congratule et marche d'un pas fier et vigoureux jusqu'à ce que je lève la tête et lise 39th Street. Quoi ? Merde. Je sors fébrilement le plan et me rends compte que je suis arrivée à Chelsea, et que j'ai donc traversé le tiers de Manhattan en prenant la mauvaise direction. Quelle conne ! Je m'enjoins de ne pas paniquer tandis que je bifurque sur Broadway et calcule que dans environ 40 blocs je suis à la maison. Le truc, c'est que j'ai vraiment mal aux pieds. Et deux ampoules. Mais je suis une aventurière non ? Je vais y arriver.
Au moment où je me retrouve en train de disserter sur la question "est-ce qu'une aventurière peut prendre un taxi tout en restant aventurière", j'arrive sur Central Park. Il me reste donc 20 blocs environ à parcourir, ce que je tente de faire avec panache et sexitude, l'appareil photo en bandoulière et l'oeil fou.
En rentrant, je me serais bien servie une petite bière pour me féliciter mais en fait je me suis rendue compte que je n'avais pas acheté de bière.
Donc j'ai bu la brique de lait à la place.
Va falloir que j'en rachète. 

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