16.10.2007
Wake up in New York
J'ai mal dormi cette nuit. Pourtant, après la journée de 21 heures que je venais de vivre, je pensais que s'endormir serait une formalité. L'insomnie m'aura au moins permis de constater que l'on nous ment : New York, la ville qui ne dort jamais, s'assoupit entre 2h et 4h du matin, du moins dans l'Upper West Side, sous mes fenêtres.

Réveil ce matin à 8h, je glande devant l'ordinateur au lieu de sortir. Finalement je me motive pour aller faire quelques courses parce qu'il faut bien se nourrir et que j'ai envie de voir à quoi ressemble un supermarché américain (la dernière fois que j'y suis allée c'était il y a 7 ans et je n'ai pas été plus loin que le rayon des bonbons). J'achète deux tranches de jambon, une brique de lait et des pommes, ce qui me coûte un peu plus de 15 $. Je me retrouve devant les caisses à penser que plutôt qu'un trader, il vaudrait mieux que je tente de séduire un patron de supérette ici...
(...)
Je n'aime pas découvrir une ville en m'aidant d'un guide. Faire tous les endroits dits "incontournables", comme si je parcourais les rayons d'un magasin, ça me fatigue et me déprime. Comme j'ai la chance de pouvoir prendre mon temps vu que je suis à New York pour plusieurs mois, je me contente de prendre mon appareil photo et un plan et je pars à l'aventure. Enfin bon l'aventure, c'est un bien grand mot, le tracé de Manhattan est si simple qu'un gosse de 5 ans peut se repérer. En bref, les avenues vont du nord au sud, et les rues les croisent d'est en ouest.
Je pars du haut de Broadway et je suis la 78ème jusqu'à Central Park. Toutes les descriptions de cet endroit me reviennent en mémoire. Et effectivement, Central Park est une "oasis de verdure et de tranquilité" au sein de la ville. Je croise sans m'étonner joggers, carrioles tirées par des chevaux, rameurs d'aviron sur les lacs et même les fameux écureuils. Rien ne me trouble, c'est comme si j'avais eu ce spectacle sous les yeux toute ma vie. Je ne peux cependant m'empêcher d'être fascinée par le silence, alors que les avenues sont tout près.
Central Park s'arrête au pied des buildings. Alors que l'Upper West Side garde une taille presque humaine, sortir au sud de Central Park permet de plonger au coeur de la ville. j'ai l'impression étrange d'être comme happée par les gratte-ciels. Mais malgré leur taille, ils ne sont pas oppressants, sans doute parce que les rues sont très larges.
J'arrive sur la 5th Avenue, que je descends avant de rejoindre l'Avenue of the Americas. Là encore les clichés ont la vie dure, et je retrouve le souvenir de scènes de films ou de photos que j'ai vues. Les marchands de hot-dogs et bretzels disputent la chaussée aux hommes d'affaire et aux clochards. Je respire l'odeur de la viande grillée mêlée à la fumée des conduits d'aération.
Et je marche. Beaucoup. Au bout d'un moment je me dis qu'il serait bien de regarder mon plan pour voir ou j'en suis. Mais je rejette aussitôt cette idée. Je suis une aventurière des temps modernes, qui foule le bitume chaussée de ses adidas, et non une vulgaire touriste égarée. Donc je la ferme et continue de marcher. Encore. Ca va faire une heure et demi que je marche et j'espère être sur le chemin du retour parce que sinon... Je n'ose pas penser à l'éventualité selon laquelle je me dirigerais vers le Financial Distric mais malgré tout j'engage une conversation avec moi-même, qui tourne rapidement à l'affrontement et finalement je gagne et je m'octrois le droit de regarder la carte. Je suis à nouveau sur l'Avenue of the Americas mais comme j'ai beaucoup tourné, j'en déduis que j'ai réussi à revenir sur mes pas. Je m'auto-congratule et marche d'un pas fier et vigoureux jusqu'à ce que je lève la tête et lise 39th Street. Quoi ? Merde. Je sors fébrilement le plan et me rends compte que je suis arrivée à Chelsea, et que j'ai donc traversé le tiers de Manhattan en prenant la mauvaise direction. Quelle conne ! Je m'enjoins de ne pas paniquer tandis que je bifurque sur Broadway et calcule que dans environ 40 blocs je suis à la maison. Le truc, c'est que j'ai vraiment mal aux pieds. Et deux ampoules. Mais je suis une aventurière non ? Je vais y arriver.
Au moment où je me retrouve en train de disserter sur la question "est-ce qu'une aventurière peut prendre un taxi tout en restant aventurière", j'arrive sur Central Park. Il me reste donc 20 blocs environ à parcourir, ce que je tente de faire avec panache et sexitude, l'appareil photo en bandoulière et l'oeil fou.
En rentrant, je me serais bien servie une petite bière pour me féliciter mais en fait je me suis rendue compte que je n'avais pas acheté de bière.
Donc j'ai bu la brique de lait à la place.
Va falloir que j'en rachète.
08:00 Publié dans Manhattan Transfert | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, new york, voyage, central park
15.10.2007
Please fasten your belt...
J'aurais cru que c'était plus difficile. Que j'allais avoir peur, me sentir perdue, peut-être même pleurer. En fait non. Je suis heureuse. Curieusement, après tous ces mois d'attente, de démarches administratives et de stress, tout a semblé aller si vite ce matin. Et me voilà à bord d'un Boeing 737 d'American Airlines à destination de JFK, volant à plus de 10 000 mètres au dessus de l'océan.
Le réveil s'est fait dans le brouillard à 5h30, d'ailleurs j'ai trébuché deux fois sur le chien de mon père en allant à la salle de bain. A peine le temps de prendre une douche et de boucler ma valise et il a fallu partir. La traversée dans les rues sombres de Paris, engourdie sous la lumière orange des réverbères, et déjà tellement de voitures qui nous ralentissent. Mon père tente de me rassurer tandis que je m'enfonce dans le mutisme, tripotant fébrilement les boutons de la radio, essayant de ne pas penser au fait que nous sommes déjà en retard.
Nous arrivons finalement à Charles de Gaulle dans l'aube zébrée d'avions qui décollent. Enregistrement des bagages dans la foulée et embarquement porte 2A. Tandis que le soleil se lève sur le tarmac, je dis au revoir à mon père et franchis les portiques de sécurité. Je me retourne plusieurs fois pour le voir qui m'observe, me fait des grands signes puis disparaît. Je suis seule maintenant. Pensée à la fois angoissante et grisante. Je pars à l'aventure, avec deux jeans, deux pulls et 550 dollars dans la poche.
Je m'étonne de ne pas ressentir plus de tristesse, de nostalgie anticipée. Je pensais que le départ allait être plus déchirant. Mais ces derniers mois m'ont amplement laissé le temps de faire mes adieux à tout le monde, famille comme amis. Je me suis petit à petit détachée de ma vie en France, et j'en prends conscience alors que je me retrouve seule. Ce qui me tord le ventre, est-ce l'appréhension ou l'excitation ? Sûrement un peu des deux.
A peine le temps de passer à la boutique duty-free pour acheter une bouteille de champagne à la personne qui va m'héberger, et il faut déjà embarquer. Le voyage va durer huit heures. L'avion est rempli et ça parle anglais partout. Une hôtesse me distribue les papiers pour la douane et les services d'immigration américains. J'essaye de prendre l'air blasé et morne de la fille qui passe son temps dans des avions et je lis d'un oeil distrait les consignes de sécurité, souriant lorsque me revient à l'esprit la reflexion dans Fight Club sur les visages qui ressemblent à ceux de vaches hindou alors que l'avion va s'écraser. Finalement le boeing accélère sur la piste et au moment où il se soulève et que je me retrouve plaquée contre mon siège au décollage, je me rends compte que ça y est.
Je pars.
L'appréhension a totalement disparu. Il ne reste que l'excitation.
(...)
Il est 15h10 en France. 11h10 sur la Côte Est des Etats-Unis. J'imagine le début d'après-midi à Paris, mes frères à l'école, les touristes grimpant dans la Tour Eiffel, les amoureux s'embrassant sur les marches du Sacré-Coeur. Il m'est impossible d'imaginer la fin de matinée à New York. En attendant, je flotte au dessus de l'océan Atlantique, et si pour moi il n'est plus 15h10, il n'est pas encore 11h10.
Sur l'écran de la télé, George Clooney et Brad Pitt font des choses étanges dans un casino et je préfère concentrer mon attention sur les deux rabbins à papillottes qui prient deux rangées plus loin.
Je commence à me dire qu'il serait bien de faire un peu de style dans ce blog, histoire que cela ne ressemble pas trop à un carnet de voyage pour gamine prépubère, mais la fatigue me fait somnoler, et je pense que j'aurais bien besoin d'un xanax noyé dans une vodka-pamplemousse mais j'ai comme dans l'idée que la gueule de bois et le jet-lag ne réveleraient pas tout mon potentiel de séduction à mon arrivée alors je m'abstiens et à la place j'ouvre la petite boite que l'hôtesse me tend. Oh miracle ! Du toblerone et des Pringles et des cookies Oreo ! Je hoquète de joie et de gratitude et l'hôtesse me lance un coup d'oeil bizarre et hausse les épaules avant de se tourner vers mes voisins et là tu dois te dire que je suis tarée mais honnêtement c'est pas toi qui a avalé le plateau repas tout à l'heure, avec un bout de tarte encore congelé et un truc blanchâtre élastique et insipide qu'ils appellent "poulet" chez American Airlines et même que j'ai vraiment hésité à manger mais j'avais tellement faim que j'aurais pu mastiquer un morceau de l'appui-tête du type de devant et pourtant il avait des pellicules alors c'est dire.
Puis une autre hôtesse passe pour les boissons et me demande ce que je veux et là je sais pas y a eu un truc genre Satan s'est exprimé par ma bouche et au lieu de sortir "un coca" je balance "un jus de tomate" ce qui est vraiment trop con parce que déjà j'arrête pas de me renverser des trucs dessus et la tomate ça tache et puis surtout je ne comprends pas pourquoi j'ai dit ça vu que je trouve le jus de tomate gerbant. Impuissante, je la regarde me tendre une canette avec une gueule genre elle me fait le cadeau du siècle et je suis trop fatiguée pour rectifier le choix alors je prends le verre et je souris. Je vais essayer de faire passer le goût avec les pringles.

Arrivée à 12h30 heure locale par le Queensboro Bridge. Sensation de rêve en voyant les taxis jaunes, les panneaux, la skyline, en entendant le bruit des sirènes de police... J'y suis ! Ces rues qui me semblent si familières à force de les avoir vu dans des films et des séries, je les ai arpentées tout l'après-midi dans la chaleur de la fin de l'été indien, me baladant dans l'Upper West Side (et accessoirement cherchant un adaptateur pour ma batterie d'ordinateur). J'écris cette note deuis un Starbuck's (d'ailleurs le serveur m'a offert la conso.. j'adore les New Yorkais !). Je ne sais pas comment décrire cela pour que vous arriviez à vous faire une petite idée. Alors imaginez New York, tous les clichés sur son glamour, sa beauté et son gigantisme... Ben c'est encore mieux que ça ! Malgré le jet-lag et le mal de crâne, je crois que je suis en train de tomber amoureuse...
08:00 Publié dans Manhattan Transfert | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, new york, voyage, avion
14.10.2007
I always depend on the kindness of strangers (edit inside)
Il semblerait que quand un blog s'étiole, c'est qu'il va mourir. C'est rarement bon signe quand l'auteur passe de longues semaines sans poster, et si tu ne me crois pas, demande à Badibuh.
Enfin bref cher lecteur, cher lectrice, je crois que tu t'en doutais, ça ne pouvait plus durer.
Je pourrais prendre comme excuse que l'été était peu propice au blogging, mais en fait non.
Lorsque je repense à la naissance de ce blog, en janvier (ça ne nous rajeunit pas tout ça), à cette époque un peu fofolle où j'étais insouciante, le poil soyeux et l'oeil vif (sauf les lendemains de cuite), je me dis que tu vois, je n'avais pas pensé que ça se passerait comme ça.
J'ai commencé ce blog sur un coup de tête, en me disant que je pourrais l'arrêter à tout moment, et j'ai donné l'adresse à quelques tous mes amis. J'ai posté deux-trois notes, et puis j'ai attendu. Fianlement je me suis rendue compte de plusieurs choses.
Que tout compte fait, très peu de mes enfoirés d'amis allaient lire mon blog. Mais que curieusement le nombre de visites augmentait de mois en mois.
Et que je ne pouvais pas m'arrêter de poster. Déjà parce que j'aimais ça. Je suis devenue accro à cette sensation d'avoir le ventre qui se noue, là, juste en bas, quand j'allais regarder si vous aviez commenté. Et puis je ne pouvais pas non plus arrêter parce que je découvrais qu'avoir des lecteurs impliquait certains devoirs. Il faut poster, leur donner des choses à lire (et si possible drôles), répondre aux commentaires et trouver rapidement d'autres sujets. A un moment, j'en étais même arrivée à mesurer chaque événement de ma vie à l'aune de cette question : "Puis-je en faire une note ?". Mais ce n'était pas pesant comme situation. Parce que vous étiez là, fidèles et exigeants. Mais aussi généreux. Parce que vous m'avez donné envie, avec vos visites et vos commentaires, une raison de continuer (et sûrement la meilleure raison). Vos commentaires surtout. Quelques mots ou plusieurs paragraphes, dans chaque cas la preuve d'un acte de bonté désintéressée, consacrer quelques minutes à me faire savoir que ce que j'écrivais vous plaisait, et cela était la plus belle récompense que je puisse avoir.
Alors que j'écris ces lignes me revient en mémoire la phrase de Blanche Dubois dans Un tramway nommé Désir : "J'ai toujours dépendu de la gentillesse d'étrangers", et au moment de fermer ce blog, je me dis qu'aucune phrase ne conviendrait mieux à cette formidable expérience.
Le blog est mort, vive le blog !
Almost famous s'arrête (mais reste ouvert si vous avez de la lecture en retard), et je migre vers blogger (plus de place) pour mon nouveau blog consacré à mon aventure new yorkaise.
Comme je ne veux pas que certaines personnes de mon entourage y aient accès, je diffuse l'adresse confidentiellement par mail. Tous ceux qui ont déjà laissé un commentaire l'auront automatiquement.
Ceux qui fréquentent ce blog sans se manifester (ou qui n'ont pas reçu mon mail), laissez moi un commentaire (même un seul mot pas besoin de faire des phrases) histoire que j'ai votre adresse mail.
Je préviens que mon nouveau blog, même si j'essayerai d'y poster des notes dans la veine de celles d'Almost-famous, sera avant tout une sorte de carnet de voyage...
Edit Cresson : Non mais en fait je reviens ! En espérant ne pas avoir perdu trop de lecteurs en route...
18:45 Publié dans Rock around the blog | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, fin, voyage, commentaires, blog


