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28.10.2007

Halloween party

les jeunes on sait que Halloween c'est bientôt. Mais ici on fait Halloween en plusieurs fois et samedi soir y avait une soirée que Croisine elle m'a dit ben viens avec nous et moi vous me connaissez j'aime l'aventure alors j'ai dit "Ouiiiii !" et puis après elle m'a dit que c'était une soirée déguisée et là j'ai dit "euh... Oui...". Donc y a une semaine on a fait du repérage après le brunch dominical et avant la promenade dans Central Park oh que c'était beau on se serait crues dans une pub avec tous ces jeunes gens vêtus de polos Ralph Lauren riant sur la pelouse éclaboussée de soleil et s'ébattant avec leurs chiens tandis qu'au loin s'envolaient des oiseaux.
On est rentrées dans un magasin plein de costumes et là ça a été la grosse rigolade parce qu'on a vu des trucs sympa : y avait le déguisement d'oeuf au plat-bacon, celui de gynécologue, celui de gardien de prison et celui de Jésus-Christ. Pour dénicher un costume de fille c'était plus simple : y avait l'infirmière-pute, la cheerleader-pute, la nonne-pute, la marquise-pute, la diablesse-pute et enfin la pute-pute. Y avait pas un costume qui descendait plus bas que 10 cm au dessous du nombril et je ne te décris même pas le décolleté. Croisine et moi échangeons un regard ahuri et elle fronce les sourcils. "Mais pourquoi toutes les filles s'habillent en pute pour Halloween ?". "Pour avoir des bonbons ?" suggère-je d'un air pensif. Finalement Croisine s'est rabattue sur un costume de Tinkerbell (la fée clochette, pas le chihuahua de Paris Hilton), Rachel sur un truc de mondaine des années 20 et moi...ben je trouvais rien. Donc hier c'était un peu la panique dans ma tête pour savoir comment m'habiller et j'avais la solution de facilité qui était de mettre une jupe et de dire que j'étais déguisée en fille (oui parce que ceux qui ne me connaissent pas ne savent pas que je ne porte une jupe que si j'y suis forcée, genre choisir entre mettre une jupe et manger des brocolis... le reste du temps, c'est jeans et baskets merci bien), mais je me suis dit que les gens n'allaient pas saisir toute la subtilité du truc donc au final j'ai acheté des oreilles de chat et me suis fait des moustaches. Oui c'était minimaliste mais pour faire bonne mesure j'ai quand même mis la jupe (comme ça 2 déguisements en un hop je suis trop maligne moi) et là un détail est apparu, c'est que jupe et baskets c'est un peu moche quand même. Heureusement que j'avais prévu le coup et que j'avais une paire de chaussures noires genre ouvertes avec des strass et même des talons.
Donc me voilà partie, la démarche vacillante comme une vieille prostituée saoule qui rentre du bordel, parce que ce que tu ne sais pas toi le garçon qui me lit, c'est qu'au palmarès des tortures pour filles, marcher avec des talons hauts arrive en tête, juste après "s'épiler" et "avoir ses règles". Mais bon je suis une warrior, et je marche drapée dans ma dignité aussi chancelante que ma descente des escaliers du métro, pour rejoindre les filles à Columbus Circle, d'où nous nous acheminons vers un appartement d'un ami de Rachel, pour un petit before. On glousse en faisant des jeux de mots sur nos déguisements, et comment je vais pouvoir draguer les garçons en sortant que je suis "the fucking hot cat on the fucking thin roof". J'ai la plante des pieds chauffée à blanc et les ampoules se forment mais mince c'est Halloween qu'une fois par an quoi !

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 Arrivée chez le garçon, une vue à couper le souffle sur la skyline illuminée et c'est là que je me dis que ça valait le coup de venir dans cette ville malgré les côtés chiants de l'installation* et je me dis aussi que toute cette beauté ça donne envie de rester là comme une débile à fixer béatement la baie vitrée et c'est aussi là que je me dis que c'est bien beau la vue mais je crois avoir entendu le bruit caractéristique de l'ouverture d'une bouteille de vin alors je retourne m'assoir et attrape un verre. J'écoute les discussions en français-anglais-japonais en plongeant éhontement ma main dans le paquet de chips et celui de crunch (oui alors là tu dois te dire "Ouah trop forte la fille elle est trilingue c'est un génie !" mais en fait non je ne parle que 2 mots de japonais et pour l'anglais disons à l'instar d'un groupe sur facebook que "alcohol improves my foreign languages"...). Puis on se bouge pour aller à la soirée, un truc dans un loft immense (mais vraiment immense) dans le Queens, on saute dans des taxis (ma première balade en taxi new-yorkais youhou !) et on monte à 5 dans le taxi et le chauffeur nous sort en anglais que ce sera plus cher parce qu'il y a une personne en trop. On demande plus cher comment ? et il sort que ce sera le double et là Croisine sort en français un truc que la décence m'interdit de répéter mais qui signifie en gros "Si ce connard croit qu'on va payer le double il se fout de notre gueule !". J'opine de la tête et Rachel balance en anglais qu'on ne payera pas le double et nous reprenons notre conversation sauf que Croisine m'enfonce son coude dans la cote et je la regarde perplexe jusqu'à ce qu'elle me chuchote : "Tu entends ce que le chauffeur écoute comme radio ?". Je tends l'oreille et me rends compte qu'un flot d'informations en français émerge des haut-parleurs. Je me dis que c'est cool d'entendre les infos de la mère patrie et je me tourne vers Croisine pour la remercier mais en voyant son expression je me rends compte que ce n'est pas ça.Elle me fait signe de regarder la carte du chauffeur et y a marqué "Côte d'Ivoire" et c'est là que je comprends. Hum. Fuck. Croisine me chuchote en lançant des regards gênés vers le chauffeur "Tu crois qu'il m'a entendu quand je l'ai traité de connard tout à l'heure ?". Je dis non mais je pense oui alors pendant le reste du trajet je m'extasie sur cette balade si chouette dans ce taxi si chouette huhum histoire que le type soit moins énervé et ne nous fasse pas payer plus à l'arrivée.
Finalement on arrive et après une petite frayeur à l'entrée (je n'ai pas 21 ans et les filles craignaient que je ne puisse pas rentrer mais en fait tant que tu es déguisée et que tu payes ils s'en foutent), on arrive dans le loft, accueillies par une odeur de beu et c'est un peu l'antre de l'enfer tous ces gens serrés qui prennent d'assaut l'open-bar et j'ai un type déguisé en bonne soeur qui me souffle son haleine fétide au visage et une fille-vampire qui me casse deux ou trois côtes mais finalement je ressors avec des verres plein de je-ne-sais -pas-quoi mais c'est de l'alcool alors on boit. Après, les souvenirs sont un peu plus vagues, on danse, on se pose, on re danse, je discute avec un marin, un indien que j'appelle "Village People", un cow boy, le type en bonne soeur qui nous suit partout et un des garçon rencontré au before, que j'appelle Carter parce qu'il est déguisé en chirurgien (oui quand j'ai bu je donne un peu des surnoms aux gens et tu noteras l'originalité débordante). Finalement je décide de rentrer, il est déjà 4h30 alors je dis au revoir à Croisine (Rachel est déjà partie) et on décide de cloturer ces adieux par une visite commune aux toilettes. Et là je dis ERREUR. Parce que y a au moins 300 personnes qui sont passées au toilettes avant nous (y avait vraiment beaucoup de monde à cette soirée) et le sol c'est un peu une pataugeoire d'alcool, d'eau (Oh mon Dieu faites que ce ne soit que de l'eau) et de bouts de papier toilette. Et si tu te souviens bien, j'ai ce soir les chaussures de la mort qui tue qu'elles font trop mal mais surtout qu'elles sont toute ouvertes et qu'elles prennent l'eau. Raaaaaah ! Fuck. J'entends Croisine qui me sort de l'autre côté de la porte "Maud je ne peux pas faire pipi je n'y arriverai pas c'est tout bouché dans la cuvette !" et j'essaye de m'évader de mon corps pour ne plus penser que je suis toute déshydratée par la gueule de bois naissante tandis que mes pieds prennent un bain dans le marécage des toilettes où 20 personnes attendent qu'on libère la place. Je branche le pilote automatique, soutiens en rigolant à Croisine qu'elle va y arriver, vas-y tu peux le faire et je fais un grand sourire à Carter qui nous attends à la porte avec un air craintif tout en essayant de surfer sur la mare d'eau et éviter de m'étaler devant les zombies et autres loup-garous.. Finalement on sort, je cherche une station de métro dans ce foutu Queens mais y en a pas alors je monte dans un taxi avec Carter et il me dépose à une station dans l'East Side. Je descends les escaliers du métro d'une démarche encore plus chaloupée qu'au début de la soirée vu qu'entre temps mes ampoules ont éclaté et d'autres sont en train de se former sur le cadavre de celles qui les précédaient. Aïe. Fuck. Je m'assois sur les marches et attends le wagon sauveur. Il est 5 h du matin. J'attends. Longtemps. Finalement je décide de prendre un taxi. Le problème c'est que je n'ai plus de monnaie. Donc il faut que je trouve un distributeur d'argent. Puis un taxi. Je me traîne sur la 5th Avenue en pleurant de douleur. Connerie de chaussures de merde. Je rampe sur mes moignons, faisant un détour pour éviter Central Park (parce qu'il parait que Central Park la nuit, c'est le mal) et je marche.
Je me traine sur toute l'avenue en encourageant mes pieds sanglants à ne pas m'abandonner, et là, au moment où j'ai perdu tout espoir et me dis que je suis bonne pour marcher pieds nus sur 20 blocs pour rentrer chez moi, je le vois. Irisé par un halo de néons. N'attendant que moi. Un distributeur "Bank of America". Je retire fébrilement 60 euros, en essayant de ne pas penser à la commission prélevée, vu que je n'ai pas encore de carte bleue pour mon compte aux Etats-Unis donc je retire de mon compte en France, et j'arrête un taxi en utilisant la méthode toujours efficace du chancelement-presque-chute-sous-ses-roues. Les pieds un peu comme du steak haché mixé avec de l'eau boueuse, je me vautre dans les sièges et m'assoupis presque, jusqu'à ce que je sois réveillée de ma torpeur par un texto de Carter "jesper ke t bien rentré".

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