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15.10.2007
Please fasten your belt...
J'aurais cru que c'était plus difficile. Que j'allais avoir peur, me sentir perdue, peut-être même pleurer. En fait non. Je suis heureuse. Curieusement, après tous ces mois d'attente, de démarches administratives et de stress, tout a semblé aller si vite ce matin. Et me voilà à bord d'un Boeing 737 d'American Airlines à destination de JFK, volant à plus de 10 000 mètres au dessus de l'océan.
Le réveil s'est fait dans le brouillard à 5h30, d'ailleurs j'ai trébuché deux fois sur le chien de mon père en allant à la salle de bain. A peine le temps de prendre une douche et de boucler ma valise et il a fallu partir. La traversée dans les rues sombres de Paris, engourdie sous la lumière orange des réverbères, et déjà tellement de voitures qui nous ralentissent. Mon père tente de me rassurer tandis que je m'enfonce dans le mutisme, tripotant fébrilement les boutons de la radio, essayant de ne pas penser au fait que nous sommes déjà en retard.
Nous arrivons finalement à Charles de Gaulle dans l'aube zébrée d'avions qui décollent. Enregistrement des bagages dans la foulée et embarquement porte 2A. Tandis que le soleil se lève sur le tarmac, je dis au revoir à mon père et franchis les portiques de sécurité. Je me retourne plusieurs fois pour le voir qui m'observe, me fait des grands signes puis disparaît. Je suis seule maintenant. Pensée à la fois angoissante et grisante. Je pars à l'aventure, avec deux jeans, deux pulls et 550 dollars dans la poche.
Je m'étonne de ne pas ressentir plus de tristesse, de nostalgie anticipée. Je pensais que le départ allait être plus déchirant. Mais ces derniers mois m'ont amplement laissé le temps de faire mes adieux à tout le monde, famille comme amis. Je me suis petit à petit détachée de ma vie en France, et j'en prends conscience alors que je me retrouve seule. Ce qui me tord le ventre, est-ce l'appréhension ou l'excitation ? Sûrement un peu des deux.
A peine le temps de passer à la boutique duty-free pour acheter une bouteille de champagne à la personne qui va m'héberger, et il faut déjà embarquer. Le voyage va durer huit heures. L'avion est rempli et ça parle anglais partout. Une hôtesse me distribue les papiers pour la douane et les services d'immigration américains. J'essaye de prendre l'air blasé et morne de la fille qui passe son temps dans des avions et je lis d'un oeil distrait les consignes de sécurité, souriant lorsque me revient à l'esprit la reflexion dans Fight Club sur les visages qui ressemblent à ceux de vaches hindou alors que l'avion va s'écraser. Finalement le boeing accélère sur la piste et au moment où il se soulève et que je me retrouve plaquée contre mon siège au décollage, je me rends compte que ça y est.
Je pars.
L'appréhension a totalement disparu. Il ne reste que l'excitation.
(...)
Il est 15h10 en France. 11h10 sur la Côte Est des Etats-Unis. J'imagine le début d'après-midi à Paris, mes frères à l'école, les touristes grimpant dans la Tour Eiffel, les amoureux s'embrassant sur les marches du Sacré-Coeur. Il m'est impossible d'imaginer la fin de matinée à New York. En attendant, je flotte au dessus de l'océan Atlantique, et si pour moi il n'est plus 15h10, il n'est pas encore 11h10.
Sur l'écran de la télé, George Clooney et Brad Pitt font des choses étanges dans un casino et je préfère concentrer mon attention sur les deux rabbins à papillottes qui prient deux rangées plus loin.
Je commence à me dire qu'il serait bien de faire un peu de style dans ce blog, histoire que cela ne ressemble pas trop à un carnet de voyage pour gamine prépubère, mais la fatigue me fait somnoler, et je pense que j'aurais bien besoin d'un xanax noyé dans une vodka-pamplemousse mais j'ai comme dans l'idée que la gueule de bois et le jet-lag ne réveleraient pas tout mon potentiel de séduction à mon arrivée alors je m'abstiens et à la place j'ouvre la petite boite que l'hôtesse me tend. Oh miracle ! Du toblerone et des Pringles et des cookies Oreo ! Je hoquète de joie et de gratitude et l'hôtesse me lance un coup d'oeil bizarre et hausse les épaules avant de se tourner vers mes voisins et là tu dois te dire que je suis tarée mais honnêtement c'est pas toi qui a avalé le plateau repas tout à l'heure, avec un bout de tarte encore congelé et un truc blanchâtre élastique et insipide qu'ils appellent "poulet" chez American Airlines et même que j'ai vraiment hésité à manger mais j'avais tellement faim que j'aurais pu mastiquer un morceau de l'appui-tête du type de devant et pourtant il avait des pellicules alors c'est dire.
Puis une autre hôtesse passe pour les boissons et me demande ce que je veux et là je sais pas y a eu un truc genre Satan s'est exprimé par ma bouche et au lieu de sortir "un coca" je balance "un jus de tomate" ce qui est vraiment trop con parce que déjà j'arrête pas de me renverser des trucs dessus et la tomate ça tache et puis surtout je ne comprends pas pourquoi j'ai dit ça vu que je trouve le jus de tomate gerbant. Impuissante, je la regarde me tendre une canette avec une gueule genre elle me fait le cadeau du siècle et je suis trop fatiguée pour rectifier le choix alors je prends le verre et je souris. Je vais essayer de faire passer le goût avec les pringles.

Arrivée à 12h30 heure locale par le Queensboro Bridge. Sensation de rêve en voyant les taxis jaunes, les panneaux, la skyline, en entendant le bruit des sirènes de police... J'y suis ! Ces rues qui me semblent si familières à force de les avoir vu dans des films et des séries, je les ai arpentées tout l'après-midi dans la chaleur de la fin de l'été indien, me baladant dans l'Upper West Side (et accessoirement cherchant un adaptateur pour ma batterie d'ordinateur). J'écris cette note deuis un Starbuck's (d'ailleurs le serveur m'a offert la conso.. j'adore les New Yorkais !). Je ne sais pas comment décrire cela pour que vous arriviez à vous faire une petite idée. Alors imaginez New York, tous les clichés sur son glamour, sa beauté et son gigantisme... Ben c'est encore mieux que ça ! Malgré le jet-lag et le mal de crâne, je crois que je suis en train de tomber amoureuse...
08:00 Publié dans Manhattan Transfert | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, new york, voyage, avion



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