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12.02.2007

Un samedi au supermarché

Alors oui je sais je parle souvent de faire les courses à Monoprix mais pour ceux qui avaient lu mon mail, ce post n'est pas un vulgaire copier-coller, puisqu'ici le sujet n'est pas de draguer et conclure au Monoprix mais d'y faire ses courses un samedi après-midi quand t'as la migraine. Comme t'es jeune t'avais oublié de les faire dans la semaine et tu ne veux pas te retrouver tout le week-end à gratter avec tes petits ongles de jeune des vieux bouts de parmesan au fond de ton frigo.
Cette fois tu ne rentres pas dans le Monoprix tel un poney fougueux. Non, tu ressembles plutôt à une vieille marmotte pelée, avec le regard aussi vif qu'un dimanche après midi pluvieux dans la zone industrielle de Dunkerque.
Tu es épuisée d'avance, tu as mal à la tête et puis comme t'es pas douée tu vas faire tes courses le samedi après-midi au milieu d'environ un million d'autres personnes pas douées qui ont eu la même idée. Tu erres dans les rayons avec un air mi-lugubre mimolette, tu essaies de ne pas céder à l'appel mélancolique de la tablette de chocolat à l'orée du rayon confiserie et tu te rabats sur le rayon fruits et légumes en te disant que parfois la vie est une pute injuste. Tu prends un sac et commences à le remplir de céleri avant de te rendre compte que c'est con vu que tu n'aimes pas le céleri alors tu te conseilles de prendre plutôt des carottes et tu engages un débat avec toi-même sur les mérites respectifs du chou-fleur et des poireaux mais tu es tellement fatiguée que le débat ne s'engage pas ce qui vaut mieux vu que de toute façon tu ne comptais pas acheter de chou-fleur ni de poireau d'ailleurs.
Puis tu prends du jambon caoutchouteux et des yaourts nature, tu ne sais pas pourquoi, juste que tu es tellement déprimée que tu ne veux pas faire d'efforts et mettre des couleurs et des saveurs dans ta vie. C'est au moment où tu saisis un navet ( non mais un NAVET ?!??? tu te rends compte ou bien ? ) que tu décides d'aller aux caisses avant d'acheter un truc que tu vas regretter.
Y a la queue partout alors tu te mets dans celle du rayon produits d'entretien et nourriture pour animaux pour ne pas être tentée de dépenser de l'argent pour une connerie. Ton regard tombe sur une boite annonçant des aiguillettes de poulet pour ô miracle 1euro ! Dis donc c'est vachement moins cher encore que chez Ed à ce prix là tu vas en prendre plein. En plus c'est en format individuel et dans une chouette boite dorée trop tendance. Et c'est cro-meugnon, y a même la photo d'un chat. Ce n'est que quand tu découvres l'inscription Sheba que tu te rends compte que finalement tu t'es gouré. Tu laisses errer ton regard à nouveau mais tu réalises qu'après une dizaine de coups d'oeil songeurs vers les boites de nourriture pour chat que tu envisages sérieusement l'idée d'aiguillettes de poulet accompagnées d'une salade verte. Y a marqué que c'est plein de vitamines, et surtout ça coûte que UN euro. Puis tu te dis que tu deviens cinglée. Et qu'il est urgent de parler à tes parents de ton budget bouffe limité.
Tu n'en peux plus.. tu n'arrives plus à réfléchir correctement. Et il fait trop chaud. En plus la queue n'avance pas. Tu fermes les yeux et tu essaies de t'évanouir en te concentrant très fort. Tu vois déjà le bordel que tu mettrais dans le Monoprix surpeuplé et les caissières qui se précipiteraient suivies du responsable du magasin, et les pompiers qui arriveraient avec des chiens policiers ce qui entre nous serait con vu que tu n'es pas en possession de drogue mais seulement évanouie et tout le monde qui ferait cercle autour de toi et peut-être que quelqu'un essaierait de profiter de l'agitation pour voler une boite de thon à la catalane mais il se ferait plaquer au sol par un des vigiles et là la foule en délire applaudirait et ferait une farandole tout autour de ta civière.
Mais en fait non. Rien. Le seul truc qui vient rompre la monotonie de cette attente insoutenable c'est qu'en te concentrant t'as oublié que tu tenais tes courses et une boite de conserve choit sur ton pied ouais merci trop bien. Tu te retiens de lâcher un truc pour te soulager genre "bordel de merde de queue d'ours" et tu te contentes de serrer les yeux et lever les dents au ciel ou l'inverse et la fille devant toi dans la file se retourne. Elle est jeune, peut-être 2-3 ans de plus que toi, plutôt jolie ( d'après ce que tu peux voir à travers les larmes de douleur et de rage qui t'obscurcissent la vue ), une tête à trier ses emballages, à voter à gauche, à donner des cours de soutien à des petits orphelins africains atteints de myopathie et filer sa place aux femmes enceintes dans le bus, bref la fille parfaite et donc tu la détestes au premier coup d'oeil. Elle te demande d'une voix douce si tu as besoin d'aide. Tu te sens aussitôt comme une vieille sénile qui n'arrive pas à faire ses courses et qui va faire sous elle dans quelques instants et on peut dire sans hésitation que ce n'est pas une impression très agréable. Tu te retiens de la mordre jusqu'au sang en la traitant de "connasse tu m'as prise pour une handicapée ou quoi" et à la place tu lui fais un rictus de haine dissimulée en l'assurant que non c'est bon tout va bien merci.
Puis la queue n'avance toujours pas. Et soudain une caisse vide se profile et tu te jettes dessus ( évidemment la sainte-nitouche devant toi l'a repéré aussi mais elle parvient à prendre son air de sainte-nitouche plein de commisération désolée pour tous ceux qui n'ont pas changé de file assez vite, alors que tu abordes pour ta part un air conquérant et dément, l'oeil fou et la bave aux lèvres ). Finalement tu parviens rapidement devant la caissière, grâce à tous ces blaireaux qui n'avaient rien vu, et tu penses à l'intérieur de toi que même dans les pires moments, il ne faut jamais désespérer car il y a toujours des cons à piétiner pour t'aider. Puis tu te rends compte que tu ne vaux pas mieux toi-même à te féliciter d'être passée avant tout le monde et franchement tu es devenue un monstre ça doit être à cause de toutes les pressions de la société de consommation qui t'impose une rentabilité constante au prix du bonheur d'autrui et tu te mets à souffrir dans ce supermarché, seule au milieu de la multitude et tu te dis que ce qu'il faudrait ce serait d'aller te ressourcer dans un ashram en Inde mais la caissière t'annonce que tu dois payer **euros et tu tends ta carte comme un automate. Puis tu te demandes où va le monde vu qu'à ce prix-là la prochaine fois que tu voudras acheter une boite de céréales et des pâtes il faudra que tu vendes un de tes reins. Au moment de partir tu fais un effort et tu lances un "au revoir" accompagné d'un grand sourire à la caissière parce qu'au fond ce n'est pas de sa faute et puis elle doit avoir une vie un peu merdique à voir défiler toute la journée des gens qui font la gueule comme toi et pour un peu elle rentre chez elle le soir et son mari Roger l'oblige à regarder Patrick Sebastien et elle reporte toute son affection sur son teckel à poils longs vu qu'elle n'a pas eu d'enfants Roger lui dit qu'on a pas les moyens et puis c'est quoi ces conneries t'as fait à manger ou faut encore que je fasse tout moi même dans cette baraque. Donc tu lui fait un grand sourire et tu saisis tes sacs plastiques en te disant que le plus dur est passé. En te retournant, tu te prends Sainte-nitouche de plein fouet vu que cette abrutie s'était arrêtée juste à coté des caisses pour faire tu ne sais quoi. Tu fermes les yeux et tu te mets en mode Eve Angeli. Ton regard vide et dépourvu de velléités de meurtre éloigne l'autre idiote. Tu te féliciterais bien de ton self-control mais celui-ci est plus dû à ta lassitude qu'à une réelle détermination de ta part. Tu te dis que tu es bientôt arrivée chez toi et qu'une fois installée dans ton canapé tu pourras faire comme dans les romans américains et t'enfiler 2 valium avec un verre de chardonnay de la Napa Valley puis sniffer un peu de cocaïne et la vie ira mieux pendant quelques heures. Et puis tu réfléchis et tu te souviens que tu n'as ni valium ni chardonnay chez toi. Ni cocaïne maintenant que tu y penses.

Commentaires

Ouh, ça c'est du témoignage à chaud ! Le passage que j'ai préféré, c'est quand tu avais le navet dans la main, ça m'a rappellé la fois ou j'ai failli acheter des brocolis...
Et puis sinon, je retiens "bordel de merde de queue d'ours", faudra que j'essaie de le recaser celui là, il me plaît bien !

Ecrit par : Didine | 12.02.2007

En plus t'as oublié le cheddar et les kinder. 'tin tu sers vraiment à rien ma pauvre

Ecrit par : drenka | 12.02.2007

le pendant masculin de ce post c'est le samedi après midi à l'éléphant bleu
et là je ne sais pas qui est le plus à plaindre.....

Ecrit par : dragibus | 13.02.2007

De toute façon, Monop', c'est plus ce que c'était:
y'a plus que des vieux beaux venus appâter à coup de boulettes de soja les saintes-nitouche-écolo-miséricordieuses et des célibattantes trop maquillées dont le rêve secret et de rencontrer le prochain Alain Delon entre la tête de gondole Zubrowska et le rayon yahouts nature.
Impossible de faire la queue sans tenter de supprimer un quidam ou un vigile à coup de bouteille d'Evian 1l.
Du coup, j'ai du renoncer aux quiches au poulet tandoori...

Ecrit par : Danygirl | 13.02.2007

Moi j'aime bien les aiguillettes de poulet, mais je fais pas les courses

(je sais pas si cette phrase à un sens)(essayez de mettre les mots dans un autre ordre, ça voudra ptet dire quelque chose)

Ecrit par : Badibuh | 14.02.2007

Je trouve que tu as très bien abordé la problématique de l'hésitation devant le bac à légumes, comme celui du changement de file.
Je te comprends.
Paix à toi.

Ecrit par : bobzeflash | 14.02.2007

Les poulet font des aiguillettes, mais moi j'aime bien les courses

(ah non toujours pas)

Ecrit par : Badibuh | 14.02.2007

Je vois que nous avons des expériences similaires au Monoprix... On devrait organiser une sortie commune pour s'entraider...
Sinon Badibuh, je propose :
"Mais les aiguillettes moi j'aime bien font des poulet de courses" mais ça ne veut encore rien dire...

Ecrit par : Moi | 14.02.2007

Ca fait froid dans le dos cette histoire...
Finalement, mes courses le samedi, c'est un peu "Pipo le Poney à la Plage"

http://virgules.over-blog.com/article-4874725.html

Ecrit par : arpenteur | 16.02.2007

j adore je suis également experte des courses le samedi mais moi je vé a carrouf. Je supporte pas ca, t as oublié de parler de tout ces retraités qui viennent faire leur courses le samedi alors qu ils ont toute la semaine pour les faire et qui bloquent les rayons ou les caisses à cause de leur lenteur.
et puis le fait que tu choisis toujours la caisse où y a le moins de monde mais tu tombes sur un con qui a oublié de peser ses brocolis donc ca devient la caisse la plus longue du magasin.
Nous les jeunes faudrait vraiment qu'on se motive a aller faire les courses en semaine qd on est encore en forme, mais je crois que c est une activité trés peu réjouissante surtout qd on a un porte monnaie trés peu rempli...............;

Ecrit par : amande | 20.02.2007

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